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Roumanie : les derniers artisans des trains communistes

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Par Jonas MERCIER

Dans le cadre d’un reportage pour l’un des journaux dont je suis le correspondant, je me suis rendu, il y a bientôt deux ans, dans les ateliers de réparation de locomotives de la CFR, la SNCF roumaine, dans le nord de Bucarest. Sur place, j’ai pu voir des conditions de travail très difficiles et entendre les nombreuses revendications des ouvriers. Mais après ce premier regard de journaliste, j’ai aperçu une autre réalité. Celle d’hommes fiers de leur métier et conscients d’avoir un savoir-faire qui disparaîtra avec eux. J’ai vu des ouvriers qui, après avoir traité de tous les noms d’oiseaux leurs dirigeants, ont passé des heures à m’expliquer comment ils procédaient pour inverser les roues d’une motrice ou pour nettoyer un moteur à l’aide de gasoil. Une locomotive qui entre dans ces ateliers peut être entièrement démontée, réparée et remontée par ces hommes. Quasiment tout est fait à la main. Au total, j’ai passé un an dans ces ateliers à photographier des ambiances, des matières et ces hommes à l’oeuvre.

Retrouvez l’intégralité de ce photoreportage sur le site Compétence Photo

Holocauste roumain : nier encore et toujours pour oublier

12 mar viewer

POINT DE VUE

Par Jonas MERCIER

« Tout ce qui se dit est pur mensonge. Les Juifs n’ont pas été tués en Roumanie. Les recherches historiques démontrent qu’à Iasi, 24 citoyens roumains d’origine juive ont été tués par des soldats de l’armée allemande. » Voilà comment le sénateur Dan Sova s’est permis de refaire l’Histoire lors d’une émission de télévision diffusée le 5 mars dernier. Avec son air de gendre parfait, ce jeune politicien d’une quarantaine d’années est le porte-parole du premier parti d’opposition, le Parti social démocrate (PSD). Rien que ça. Il est aussi historien de formation. Son chef, Victor Ponta, l’a suspendu temporairement de ses fonctions et envoyé faire un stage de rééducation au musée mémorial de l’Holocauste de Washington.

Dan Sova s’est excusé, bien sûr. Mais dans quelques mois, il reviendra en Roumanie et reprendra sa carrière politique là où il l’a laissée, comme si de rien n’était. Et sûrement qu’en dehors des membres de la communauté juive de Roumanie, personne ne s’en offusquera. Ses déclarations mensongères font bien évidemment penser au défilé militaire de Radu Mazare, le maire de la deuxième ville de Roumanie, qui avait arboré un uniforme nazi il y a trois ans. Lui aussi jeune, lui aussi du PSD. A l’époque, le scandale s’était rapidement transformé en pétard mouillé. Radu Mazare a été pardonné. Dan Sova sera à son tour pardonné.

C’est triste et décourageant. Et l’on peut se demander s’il est utile de rappeler que le pogrom qui a eu lieu à Iasi en juin 1941 – au moins 13 000 Juifs tués et non 24,  selon le rapport de la Commission Wiesel sur l’étude de l’Holocauste en Roumanie – fut l’un des plus sanglants d’Europe ? De rappeler que la Roumanie s’est rendue coupable durant la  Seconde Guerre mondiale d’une politique qui a causé la mort de 280 000 à 380 000 Juifs roumains et ukrainiens et de Roms ? De rappeler que la négation de l’Holocasute est aujourd’hui punie par la loi roumaine ? Je crois que oui. Et aujourd’hui plus que jamais. Les lois antisémites de l’époque, les massacres à l’intérieur et à l’extérieur des frontières roumaines,et les déportations en Transnistrie sont encore un souvenir brûlant pour des centaines de survivants. Et si les quelques intellectuels et journalistes roumains qui s’offusquent encore lorsque l’on nie publiquement le drame baissent la garde, l’Holocauste ne sera bientôt qu’un mauvais rêve que les Roumains auront réussi à oublier.

Jonas Mercier est co-auteur de l’ouvrage Mémoires des Juifs de Roumanie paru en juin 2011 aux éditions Non lieu

La Croix : ces agriculteurs français qui s’installent en Roumanie

1 mar agricultura

Par Jonas MERCIER

Une législation trop stricte et des terres trop chères poussent de plus en plus d’agriculteurs français à s’expatrier vers l’est pour acheter leur exploitation.

Publié dans La Croix le 23 février 2012

À tout juste 22 ans, Maxime Laurent possède déjà une solide expérience d’agriculteur. L’exploitation céréalière qu’il dirige regroupe 1 200 hectares, une surface à laquelle il n’a même pas rêvé en France. « Il aurait fallu trois générations là-bas pour faire ce que j’ai fait en Roumanie en trois ans »,  lâche-t-il sans détour.

Maxime vient d’une famille d’agriculteurs « acharnés »,  propriétaire d’une exploitation moyenne en Eure-et-Loir, et il rêvait de suivre les traces de ses parents. La suite sur le site du journal La Croix

La Croix : "La petite communauté gréco-catholique roumaine honorée par Benoît XVI"

14 fév La-petite-communaute-greco-catholique-roumaine-honoree-par-Benoit-XVI_article_popin

Par Jonas MERCIER

Largement méconnue, la communauté gréco-catholique de Roumanie se remet péniblement d’une histoire douloureuse. La création au rang de cardinal, par le pape, du responsable de cette Église catholique de rite byzantin représente pour elle une bouffée d’oxygène.

Publié dans La Croix le 14 février 2012

Le thermomètre affiche moins dix degrés et une couche de neige glacée recouvre la grand-place. À l’intérieur de la cathédrale, qui se remplit doucement de fidèles, le portrait de Benoît XVI est accroché au balcon. L’imposante iconostase en bois qui lui fait face rappelle toutefois qu’il s’agit d’une Église de rite byzantin en terre orthodoxe.

Les femmes ont gardé leur chapka de fourrure et les hommes sont emmitouflés dans leur manteau en peau de mouton retourné. Dans son habit vert et or, le vicaire agite son encensoir et donne la réplique au chœur. Nous sommes au milieu de la Transylvanie et la messe commence comme chaque dimanche dans la petite ville de Blaj, au nord-ouest du pays, le siège des gréco-catholiques de Roumanie.

Cette Église catholique de rite byzantin, que l’on appelle également Église roumaine unie à Rome, célèbre pourtant un office un peu particulier. Samedi 18 février, le responsable de cette communauté, Mgr Lucian Muresan sera créé cardinal. « Sa nomination par le Saint-Père a été une vraie surprise pour nous tous. Et cette reconnaissance de Rome pour notre Église prouve que nous comptons, aussi bien pour les catholiques que pour la Roumanie » , confie le vicaire, le P. Ioan Farcas. La suite sur le site du journal La Croix

La CEDH reconnaît aux prêtres roumains le droit de s’unir en syndicats

4 fév 20060807-aci-mitropolia-bucuresti-a

Par Jonas MERCIER

Créer un syndicat est un droit universel… Même pour les prêtres. La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a donné raison, mardi 31 janvier, à un groupe de popes orthodoxes qui avaient mis sur pied en 2008 le premier syndicat de l’Eglise orthodoxe roumaine. Piqué au vif, la Patriarcat de Bucarest a immédiatement publié un communiqué de presse cinglant en réponse à cette décision. Selon lui, la CEDH possède une connaissance « insuffisante de la sécificité des relations entre l’Etat et les cultes en Roumanie ». Et d’ajouter : « selon le droit canonique universel et les statuts de l’organisation et du fonctionnement de l’Eglise orthodoxe roumaine, les prêtres, au même titre que les magistrats ou les militaires, n’ont pas le droit de s’engager en politique, de dérouler des activités économiques (…) et de participer à toute autre forme d’association, y compris de type syndical ».

Le mécontentement des « petites mains » de l’Eglise n’était plus supportable à en croire le père Nicolae State, l’un des fondateurs du syndicat. En 2008, il dénonçait des problèmes de « corruption » et « d’abus de pouvoir » fréquents. « On ne peut rien faire sans demander l’accord à nos supérieurs. Dans mon cas par exemple, je n’ai pas le droit de publier le livre que je viens d’écrire sans avoir reçu la bénédiction de mes supérieurs », expliquait-il. La création du syndicat « le bon pasteur » avait été une véritable preuve de courage de la part de la trentaine de prêtres de l’archevêché d’Olténie (sud). Elle avait d’ailleurs fait des émules, notamment en Moldavie (nord-est) où un autre groupe de prêtres avait souhaité suivre cet exemple. L’Eglise orthodoxe roumaine, connue pour être une institution cadenassée par la hiérarchie et fermée à toute critique, avait immédiatement réagi.

Approuvé dans un premier temps par la justice roumaine, le syndicat avait été dissout quelques semaines plus tard par le tribunal de la ville de Craiova suite à un pourvoi du Patriarcat. Mais les popes militants ne se sont pas avoués vaincu et ont saisi la CDEH. Au nom de « la liberté de réunion et d’association », l’institution européenne vient donc de leur donner raison. Cette décision peut toutefois encore être attaquée. L’Eglise orthodoxe de Roumanie espère désormais avoir l’Etat roumain de son côté et a déjà prévenu qu’en cas d’adoption définitive, il s’agira d’une « attaque directe à l’organisation constitutionnelle et légale des cultes de Roumanie ».