La ville natale de Ceauşescu veut une statue à sa gloire

17 Nov

Par Mehdi CHEBANA

Les autorités de Scorniceşti viennent de donner leur feu vert à l’érection d’un imposant buste en marbre à la gloire de Nicolae Ceauşescu. Dans la petite ville qui vit naître le dictateur roumain, l’heure reste à l’admiration et à la nostalgie pour celui qui a conduit le pays d’une main de fer pendant 24 ans. Le Courrier des Balkans a pu rencontrer le neveu de Ceauşescu, à l’origine du projet.

Nicolae et Elena Ceauşescu en visite à Scorniceşti (© Scânteia)

Publié le 17 novembre 2009 dans Le Courrier des Balkans

L’Europe a beau célébrer en grande pompe le 20e anniversaire de la chute du communisme, Scorniceşti ne sera pas de la partie. Ce gros bourg à l’économie exsangue, situé à 150 km à l’ouest de Bucarest, continue de vouer un culte largement partagé à Nicolae Ceauşescu, son « enfant chéri ».

Et pour entretenir ce culte, le conseil municipal a donné son feu vert, à la fin du mois d’octobre, pour l’érection d’un imposant buste en marbre à la gloire de l’ancien dictateur. Sculpté par un artiste roumain qui a longtemps vécu en France, le monument atteindra plus de trois mètres de haut (socle compris) et trônera en plein centre-ville. Il pourrait être inauguré le 26 janvier prochain, à l’occasion du 92e anniversaire de la naissance de Ceauşescu.

« Ce n’est pas une provocation, mais un juste retour des choses », confie Emil Barbulescu, le neveu du « Génie des Carpates », qui est l’initiateur du projet. « Mon oncle a profondément modernisé la Roumanie, il fait partie de l’Histoire, Scorniceşti lui devait bien ça ! », poursuit cet ancien de la Securitate.

Et pourtant, la Roumanie a officiellement condamné le régime communiste en 2006, par la voix de son président Traian Băsescu. La soviétisation totale du pays, l’annihilation de l’État de droit, l’arrestation, l’assassinat et la détention politique qui ont eu lieu sous le régime de Ceauşescu et sous les précédents gouvernements communistes, comptent parmi les principaux crimes dénoncés alors.

« Quand le sujet a été mis sur la table, je me suis abstenu de voter », témoigne le conseiller municipal Cătălin Davidescu. « Car, dans le monde entier, les bustes de dictateurs sont enfermés dans des musées ou des maisons du souvenir. En aucun cas, on ne les trouve en centre-ville. Ceauşescu est clairement un symbole de la ville mais il ne faut pas procéder comme ça. »

Le passage manqué à l’économie de marché

Le long du boulevard-du-Travail, l’artère principale de Scorniceşti, nombreux sont ceux qui confient leur nostalgie pour le régime communiste et pour celui qui a conduit le pays pendant 24 ans. « Ce n’est pas une statue qu’il lui faut, mais au moins cinq ! », lance Viorel, un chômeur quadragénaire. « À l’époque, tout le monde avait du travail, on se sentait dignes et utiles, pas comme aujourd’hui. Et puis, toute la Roumanie avait le regard rivé vers nous… »

Sous l’impulsion du « Conducator » et de sa sœur Elena Barbulescu, Scorniceşti a en effet bénéficié d’avantages substantiels. L’accès à l’eau, au gaz et au téléphone y était bien plus important en 1989 que dans beaucoup de villes roumaines et des industries agro-alimentaires et textiles s’implantèrent en masse sur le terrain de la commune.

« Bien sûr, la Securitate veillait au grain et il y avait toujours des fonctionnaires qui se croyaient tout permis et qui pouvaient vous causer du tort », tempère Eugen, un retraité, installé depuis trois heures au Café-bar. « Mais vous savez, la liberté, c’est bien quand vous avez quelque chose dans l’assiette. Avec Ceauşescu, au moins, on mangeait à notre faim ! »

De son côté, le maire libéral de Scorniceşti, Constantin Nedelea, soutient pleinement le projet de statue mais « préfère ne pas faire de commentaire » à l’approche de l’élection présidentielle de dimanche. Fin octobre, il avait fait part de son enthousiasme au quotidien Adevărul : « j’aime cette idée dans la mesure où Ceauşescu est né et à grandi ici et qu’il a beaucoup fait pour cette ville. C’est une personnalité dont nous devons être fiers. »

Longtemps choyée, Scorniceşti a visiblement manqué son passage à l’économie de marché. Chômage, vieillissement de la population, émigration massive des jeunes vers l’Espagne et l’Italie… Autant de symptômes qui n’ont de cesse de s’aggraver au fil des ans.

Dernier coup de massue pour les 12.000 habitants de la commune, la société Pulsor, fabriquant emblématique de pièces automobiles qui employaient jusqu’à 2.500 salariés sous le communisme, vient d’annoncer une vague de licenciements massifs pour début décembre.

« Cette catastrophe va renforcer l’amertume contre le système actuel », estime Mihaela, 25 ans, dans une supérette de la ville. « Mais, soyons honnêtes, les gens ont aussi connu des moments très difficiles sous le communisme. Finalement, le buste en marbre ne changera peut-être pas grand chose, mais il pourrait apporter une manne touristique dont nous avons tous besoin … »

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :