Focus sur la crise sociale roumaine

20 Mai

Par Mehdi CHEBANA

Les Roumains ont du mal à avaler la cure d’austérité que leurs dirigeants s’apprêtent à leur imposer. Piquets de grèves, manifestations et même rassemblements spontanés aux pieds des immeubles s’enchaînent depuis l’annonce de mesures draconiennes destinées à réduire le déficit public, et à satisfaire ainsi les exigences du Fonds monétaire international (FMI).

Les salaires de 1,3 million de fonctionnaires baisseront de 25% le 1er juin prochain

Publié le 20 mai 2010 dans L’Humanité dimanche

En première ligne de la contestation, les quelques 1,3 million de fonctionnaires dont les salaires baisseront de 25% à compter du 1er juin prochain. « Cette mesure est injuste et insupportable », s’indigne Pompiliu, 28 ans, agent de la fonction publique territoriale, venu manifester devant le siège du gouvernement. «Nos conditions de vie sont déjà misérables, nos salaires minables, on ne peut pas se serrer davantage la ceinture ! »

Malgré ses trois masters en droit, en management et en études européennes, le jeune homme ne perçoit que 150 euros de salaire mensuel. Ses traites devraient donc chuter à 114 euros, soit le salaire minimum garanti en Roumanie. « A mon âge, je vis encore chez mes parents car, un loyer à Bucarest, c’est au moins 250 euros par mois », témoigne-t-il. « Je ne peux pas m’assumer et encore moins fonder une famille. La fonction publique, c’était une vocation pour moi, j’avais l’impression que je pouvais changer les choses de l’intérieur. Alors, je vais me battre jusqu’à ce qu’on ait gain de cause.»

Cherchant à s’assurer une nouvelle tranche du prêt global de 20 milliards d’euros accordé l’an dernier par le FMI, Bucarest prévoit également de licencier des dizaines de milliers de fonctionnaires d’ici la fin de l’année. « En théorie, on a des droits, on a passé un concours mais dans la pratique, c’est encore plus la jungle que dans le privé ! », estime Andreea, une policière de 42 ans. « Nous irons jusqu’au bout pour qu’on nous écoute. Et, même si dans notre secteur on n’a pas le droit de faire grève, nous prendrons sur nos congés pour continuer de manifester à tour de rôle. »

Allocations familiales, chômage, aides versées aux handicapées ou aux anciens révolutionnaires… La liste des coupes annoncées est proportionnelle au mécontentement général. La télévision roumaine retransmet, jour après jour, des scènes de colère, comme la brève intrusion de manifestants dans le Palais présidentiel, les cris indignés de mères de famille demandant la démission du gouvernement ou des photos du président Basescu brûlées, en pleine rue, par des retraités.

Bientôt presque plus nombreux que les salariés, ces derniers seront, eux aussi, mis à contribution par le gouvernement démocrate-libéral d’Emil Boc. Car, dans deux semaines, toutes les retraites, quel que soit leur montant, chuteront de 15%.

 « Que voulez-vous, on va encore se restreindre dans nos dépenses », lance Maria, 69 ans, dans un petit marché couvert de la banlieue bucarestoise . « La vie est devenue très chère, les impôts augmentent et maintenant on estime que nos retraites peuvent être amputées. Sous Ceausescu, on avait du pouvoir d’achat mais rien sur les étales, aujourd’hui c’est le contraire. Nos dirigeants font ce qu’ils veulent, nous, les petite gens, on n’a pas notre mot à dire. »

De son côté, c’est par solidarité que Gheorghe, 77 ans, en costume trois pièces beige, soutient le mouvement « J’ai une retraite de 450 euros, ce n’est pas mal quand on sait que beaucoup de Roumains touchent parfois 60 euros après une quarantaine d’années de travail », relativise l’ancien ingénieur. « Moi, je suis d’avis qu’on ponctionne les grosses retraites, les gros salaires et qu’on laisse tranquilles ceux qui vivent avec pas grand-chose. C’est ça la solution ! »

Pour l’économiste Nicolae Taran, un traitement différencié serait en effet l’une des nombreuses solutions que le gouvernement devrait envisager. « On pourrait aussi contrôler les dépenses de l’Etat ou s’attaquer efficacement aux invasions fiscales. C’est ce que proposent les syndicats sans qu’on ne les entende. En l’état, les mesures annoncées sont complètements irresponsables. Car, si elles sont appliquées, le peuple va encore plus s’appauvrir, la consommation va fortement baisser et la récession n’en sera que plus violente. »

L’austérité en chiffres

La cure d’austérité lancée par les autorités roumaines est l’une des plus sévères de l’Union européenne (UE). A compter du 1er juin prochain, tous les salaires de la fonction publique baisseront de 25%,  les retraites de 15% et les allocations chômage de 15%. Alors que plus de 36.000 fonctionnaires ont déjà été licenciés depuis décembre, le gouvernement prévoit d’en renvoyer au moins 70.000 de plus d’ici la fin de l’année.

Par ailleurs, les allocations familiales mais aussi les aides versées aux handicapés, aux anciens révolutionnaires, aux vétérans et aux veuves de guerre chuteront de 15% tandis que les taxes sur les transactions boursières augmenteront de 16%.

Bucarest entend ainsi récolter près de 1,7 milliard d’euros d’ici la fin de l’année, ce qui lui permettrait de faire passer son déficit public de 7,2% à 5,9% du PIB. Et donc de satisfaire aux exigences du FMI…

L’an dernier, le bailleur international, associé à l’UE et à la Banque mondiale, a accordé à ce pays en pleine récession un prêt global de 20 milliards d’euros dont le versement par tranches est conditionné à la mise en place de mesures drastiques.

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Une Réponse to “Focus sur la crise sociale roumaine”

  1. Corantine 22 mai 2010 à 20:42 #

    Et bien un grand bravo est de rigueur. Je suis fière de toi mon pti didi.
    Gros bisous Coco

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