Les corps des époux Ceauşescu exhumés à huis clos

21 Juil

Par Mehdi CHEBANA

Les dépouilles des époux Ceauşescu ont été exhumées, mercredi 21 juillet, afin de vérifier leur identité par des tests ADN. Malgré l’enjeu des opérations, la presse a été soigneusement tenue à l’écart. Depuis 20 ans, les rumeurs les plus folles couraient autour de la mort de l’ancien dictateur et de sa femme, certains allant jusqu’à soutenir que le couple vivrait aujourd’hui sur l’île de Cuba.

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La tombe de Nicolae Ceauşescu

Publié le 21 juillet 2010 dans Le Courrier des Balkans

De la terre retournée… Voilà tout ce que les journalistes ont pu voir de l’exhumation annoncée des dépouilles des époux Ceauşescu. Massés, mercredi matin, derrière les grilles du cimetière Ghencea de Bucarest, ils ont tenté de filmer le travail des médecins légistes venus recueillir les preuves que ce sont bien l’ancien dictateur et sa femme qui ont été enterrés là il y a 20 ans.

Mais le gendre des Ceauşescu, Mircea Oprean, qui se bat depuis cinq ans pour obtenir l’exhumation des corps, a tenu à ce que les opérations se déroulent à huis clos. Quelques vieillards qui se trouvaient depuis l’aube dans le cimetière ont cependant pu raconter ce qu’ils ont vu.

« Ils ont sorti le cercueil de la terre et l’ont posé sur un socle pour que les médecins légistes puissent prélever les preuves à la fois sur le corps et les vêtements que portait Ceauşescu quand il a été enterré », témoigne l’un d’entre eux.

« Je suis resté pendant vingt minutes à deux pas des médecins mais on m’a jeté au moment où ils allaient ouvrir le cercueil », ajoute Ion, 65 ans, un peu moins chanceux. « Même si je suis convaincu que c’est bien Ceaşca qui est enterré là, je trouve scandaleux que la presse soit tenue à l’écart. Ça va alimenter le mystère. »

Vingt ans après la chute du régime communiste, les rumeurs les plus folles continuent en effet de courir autour de la mort des époux Ceauşescu. Si, officiellement, l’ancien dictateur et sa femme reposent au cimetière civil Ghencea, certains soutiennent que leurs corps ont été incinérés ou cachés, d’autres que le couple vivrait aujourd’hui sur l’île de Cuba et que des sosies auraient été exécutés à leur place en décembre 1989.

Pour lever définitivement le mystère et leurs propres doutes, Mircea Oprean et Valentin Ceauşescu, le dernier fils encore en vie du « Génie des Carpates », réclamaient donc que les deux corps soient déterrés.

Plusieurs mois avant de connaître les résultats

Après trois longues heures d’attente, les autorités du cimetière ouvrent finalement les grilles. Les prélèvements sont terminés. Une dizaine de personnes venues voir leurs morts peuvent enfin entrer. La foule de journalistes se précipite alors vers les deux tombes séparées de plusieurs dizaines de mètres.

« J’ai vu les corps, celui de mon beau-père était mieux préservé », témoigne Mircea Oprean qui a assisté à l’exhumation. « J’ai reconnu son manteau sombre. Il y avait des trous, de même que dans le pantalon. Je suis enclin à penser que les restes sont ceux de mes beaux-parents, mais je ne peux pas être à cent pour cent sûr tant que les tests ADN n’ont pas été réalisés. »

De sources concordantes, les corps ont été réenterrés, une fois les prélèvements effectués. Le résultat des analyses ne devrait pas être connu avant plusieurs mois.

« J’espère que l’eau, les engrais et les substances acides n’auront pas détérioré l’ADN car, sinon, ça va être très difficile d’obtenir des résultats précis », a déclaré Dan Dermengiu, directeur de l’Institut de médecine légale (INML). « D’habitude, les tests ADN pratiqués sur des ossements sont assez laborieux », a-t-il ajouté.

Cafouillage administratif

Les militaires qui ont procédé, dans le plus grand secret, à l’enterrement des époux Ceauşescu ont toujours affirmé qu’il s’agissait bien du couple. Pourtant, un cafouillage administratif a contribué à entretenir le mystère, les noms du « Conducator » et de sa femme ne figurant sur aucun registre du cimetière.

La propre fille du dictateur et ancienne épouse de Mircea Oprean, Zoia, n’a jamais cru que ses parents étaient enterrés à Ghencea. Jusqu’à sa mort en 2006, elle s’est battue, en vain, pour obtenir l’exhumation des corps.

C’est deux ans plus tard que la cour d’Appel de Bucarest a rendu une décision « définitive et irrévocable » obligeant le ministère roumain de la Défense à fournir les preuves que l’ancien dictateur et son épouse reposaient bien au cimetière Ghencea de la capitale. À ce jour pourtant, aucune preuve n’a été apportée par les autorités militaires.

« Un test ADN pourrait mettre fin aux rumeurs non fondées mais je ne suis pas sûr que déterrer ces corps apportera grand chose », confie le neveu de l’ancien dictateur, Emil Barbulescu, au Courrier des Balkans. « J’ai toujours été convaincu que ce sont bien mon oncle et son épouse qui reposent dans ce cimetière. »

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