Transport aérien : les naufragés du low cost à la hongroise

26 Sep

Par Mehdi CHEBANA

Quand l’avion se pose à Bruxelles au lieu de Beauvais

POINT DE VUE. Une nuit blanche dans le froid, sans eau, sans nourriture, sans information… C’est le calvaire qu’une centaine de passagers a vécu dans la nuit de jeudi à vendredi à l’aéroport de Beauvais-Tillé. Tous embarquent à Bucarest, jeudi vers 17h, à bord d’un avion de Wizzair, une compagnie hongroise à bas coûts mais aux affaires florissantes… En France, les contrôleurs aériens sont en grève mais les avions de la compagnie parviennent à décoller et atterrir sans difficulté à Beauvais jusqu’à la mi-journée. Chacun attache donc sa ceinture, convaincu que dans trois heures il atterrira sans problème en France

Après deux heures trente de vol, coup de théâtre… Le pilote annonce que l’avion se posera finalement… à Bruxelles. Les hôtesses tentent de calmer les passagers à coups d’explications douteuses… « On pensait qu’il y aurait encore des contrôleurs à Beauvais, on s’est trompés », lance l’une d’entre elles. « Il n’y a plus personne là-bas… Mais rassurez-vous, on va affréter une navette pour Beauvais ».  Agacés mais démunis, les passagers descendent de l’avion, digérant mal les « bon courage » lancés par le personnel de bord qu’ils ne reverront plus.

Aéroport de Bruxelles-Charleroi, 19h10… On récupère ses bagages, on se renseigne auprès des hôtesses d’accueil. « La compagnie Wizzair vous envoie des autocars pour vous ramener à Beauvais ». Chic, tout le monde se précipite dehors et attend patiemment les véhicules salvateurs… Deux heures passent, les coups de fils aux parents, aux amis, aux conjoints pleuvent. Le tonnerre gronde à Bruxelles… Trois autocars flambants neufs font leur apparition sous les hourras des naufragés… Mais reste une question à régler : il faut trois heures pour relier Bruxelles à Beauvais, y aura-t-il une navette Beauvais-Paris aux alentours de minuit ? « Oui », répondent fermement les agents de l’aéroport qui assurent que la compagnie a tout prévu.

Tout le monde embarque donc dans les autocars, tout en demandant s’il ne serait pas plus simple de rejoindre directement Paris, sans passer par Beauvais. « On a des consignes », lance l’un des chauffeurs. « Il n’y a aucun problème, rassurez-vous ! ». Trois heures de route, sous une nuit d’encre et les orages du nord de la France… Voilà déjà quatre heures que les passagers auraient dû atterrir à Beauvais… Le silence s’installe, beaucoup se sont endormis.

« Beauvais, terminus ! » Mais où sont les navettes ? Les cars déchargés s’enfuient au loin, une centaine de passagers échangent des regards ahuris. Il n’y a pas de navette. La seule solution pour rejoindre Paris, destination finale de ces malheureux voyageurs, c’est le taxi. Deux-cents euros la course, c’est tarif de nuit. Les plus fortunés s’engouffrent à trois ou quatre dans les quelques voitures qui attendent là. Les autres s’y refusent. « C’est plus cher que le prix de mon billet », s’indigne un jeune entrepreneur français qui revient de son premier voyage d’affaires en Roumanie. « Ils m’ont déjà fait payer une surtaxe sous prétexte que mon ordinateur portable ne rentrait pas dans mon sac à dos, ça suffit ! J’attends ici. »

Comme lui, beaucoup croient encore à un miracle… qui ne viendra pas. L’aéroport est fermé, visiblement aucune navette avant l’aube, il est une heure du matin. Commence alors une longue nuit dans le froid, sans eau, sans nourriture, sans information. Les lignes téléphoniques de la compagnie sonnent dans le vide. Alertés par certains passagers, les pompiers promettent de trouver une solution. « On fait notre possible pour vous apporter de l’eau et des couvertures ou, mieux, pour vous trouver un véhicule pour rentrer à Paris ». Les heures défilent, aucune aide à l’horizon.

« C’est parce qu’on est roumains qu’on ne fait rien pour nous ? » , s’interroge Cristina, 33 ans, une sociologue venue visiter la France pour la première fois. « Ça fait 10 heures qu’on n’a pas bu une goutte d’eau, on n’a rien dans le ventre, il fait un froid hivernal, c’est inhumain de faire ça aux gens », ajoute-t-elle. A ses côtés, un groupe d’ados danse sur de la musique hip hop, d’autres s’amusent avec de vieilles bicyclettes en fer trouvées sur le parking de l’aéroport, des vieillards s’emmitouflent en prévision d’une longue nuit d’attente…

Il est 3h30 du matin. Quatre jeunes femmes décident de s’aventurer dans la campagne picarde pour rejoindre la gare de Beauvais. « On va bien trouver un train pour nous ramener à Paris », lancent-elles pleines d’espoir. Traînant près de deux heures leurs valises à roulettes le long des champs puis des quartiers résidentiels de la ville,  elles arrivent à la gare, transies de froid. « Après tout ça, on va bien dormir, la journée est foutue ! », bougonne Nicoleta. « La compagnie, elle, elle ne l’a pas perdue sa journée en nous faisant voyager coûte que coûte, sans annuler son vol… » Le premier train pour Paris part à 5h08. Le temps de boire enfin une gorgée d’eau et d’oublier cette longue nuit de galère…

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3 Réponses to “Transport aérien : les naufragés du low cost à la hongroise”

  1. Dan 27 septembre 2010 à 06:52 #

    C’est des gros cons les low cost. Ryanair ne fait pas mieux – une fois, deux heures de retard au décollage, arrivée à Bruxelles Charleroi après minuit et aucune navette avant 8.15 du mat. J’ai quand même eu plus de chance- après plus d’une …heure passée à faire du stop dans le parking, j’ai trouvé 4 jeunes qui passaient par Bruxelles et m’y ont déposé! Vers 3 h du mat, quand-même! Conclusion: le low cost c’est de la MERDE! Et ce n’est pas ma seule mésaventure dans le genre. Désormais, j’essaie d’éviter leurs services pourris autant que je peux et je conseille aux autres de faire de même. A quoi bon donc payer un peu moins cher pour le billet d’avion pour ensuite se faire plumer à la moindre occasion par les low costers, n’avoir aucune certitude sur les horaires et devoir payer des taxis après, qui coûtent le prix d’un billet d’avion normal ou plus? A vous de décider 🙂

  2. Iulia C. 27 septembre 2010 à 06:52 #

    Wizz air is really lame…I mean seriously, not to mention their personnel; We were suppose to land in Bucharest and they hand landing problems together with flight bubles, passengers started to freak out and nobody in the plane was giving information of what was happending int he air ….Anyway, ill never fly again with this company

  3. Jeannotdu13 27 septembre 2010 à 08:43 #

    On devrait pouvoir pènaliser ces compagnies pour manquement èvident à leurs responsabilitès. Et pourquoi pas les interdire de vol quand ça devient rècurrent.

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