Roumanie : les policiers font tomber le ministre de l’Intérieur

29 Sep

Par Mehdi CHEBANA

En Roumanie, le ministre de l’Intérieur, Vasile Blaga, a démissionné lundi 27 septembre 2010, après une manifestation controversée de milliers de policiers protestant contre le plan de rigueur des autorités. Cette « décision personnelle » du ministre intervient alors que les rassemblements se multiplient devant les grandes institutions du pays.

Les policiers manifestaient déjà contre la rigueur en mai dernier

Publié le 29 septembre 2010 dans Le Courrier des Balkans

Plus de 5.000 policiers ont manifesté, vendredi 24 septembre, devant le Palais présidentiel pour protester contre leurs mauvaises conditions de travail et la baisse de 25% de leurs salaires, incluse dans le plan de rigueur imaginé par Bucarest pour sortir de la crise. Habillés en uniforme, ils ont réclamé la démission du chef de l’État et scandé des injures à son encontre dans le cadre d’une action non autorisée.

Le Président Băsescu et son Premier ministre Emil Boc ont vivement critiqué ces « actes d’indiscipline » et annoncé qu’ils renonçaient aux services d’escorte de la police. Sous pression, le ministre de l’Intérieur, Vasile Blaga, s’est rendu lundi matin au Palais Victoria (siège du gouvernement) pour présenter sa démission.

« Ce matin, j’ai soumis ma démission au Premier ministre, c’est un geste d’honneur », a-t-il déclaré. « Pour revenir sur les manifestations, je maintiens mon point de vue. Les policiers ont le droit de protester, mais dans un cadre légal. Ceux qui ont commis des fautes doivent en répondre, seulement ce n’est pas nous qui le décidons mais les instances de justice, notamment le Parquet. »

L’enjeu de Schengen

À l’annonce de sa démission, Vasile Blaga a par ailleurs souligné que son ministère était confronté au « défi le plus important après l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne » en janvier 2007, à savoir l’adhésion à l’espace Schengen de libre circulation des personnes, prévue en mars 2011.

« En ce moment, nous sommes dans les délais pour l’entrée dans l’espace Schengen, le ministère de l’Intérieur (MAI) est la seule institution qui a réussi à absorber 100% des fonds européens, c’est-à-dire 600 millions d’euros », a insisté le ministre démissionnaire.

Selon un quotidien national qui cite des sources du MAI, Vasile Blaga a refusé la demande du président de licencier les chefs de la police et de la gendarmerie. Il avait pris la tête du ministère de l’intérieur en décembre 2009, fonction qu’il avait déjà eu dans le premier gouvernement de l’Alliance DA (alliance pour la majorité gouvernementale).

Regrettant la « décision personnelle » de Vasile Blaga, le Premier ministre Emil Boc a nommé dans la foulée Traian Igaş, un sénateur du Parti démocrate libéral (PDL, au pouvoir), pour lui succéder. Une nommination aussitôt entérinée par le Président Băsescu.

Manifestations « en cascade »

À l’instar des policiers qui ont perdu plusieurs primes et un quart de leur salaire, des milliers de Roumains, salariés du public et du privé mais aussi retraités, manifestent depuis 10 jours pour protester contre le plan de rigueur des autorités qui est entré en vigueur le 1er juin. Les rassemblements sont quasi quotidiens devant les sièges du Gouvernement et de la Présidence à Bucarest.

Avec un taux chômage de 8,36% qui a doublé en un an et un recul de la production industrielle qui dépasse les 6%, la Roumanie a été très fortement touchée par la crise internationale. Le pays est entré en récession début 2009, lorsque son PIB s’est contracté de 7,1%, et c’est alors que les autorités ont sollicité un prêt global de 20 milliards d’euros auprès du FMI et d’autres bailleurs internationaux.

Pour satisfaire les exigences de ces bailleurs, Bucarest a décidé de supprimer 100.000 postes de fonctionnaires d’ici la fin de l’année, d’augmenter la TVA de cinq points, à 24%, mais aussi de réduire les allocations chômage de 15%, les salaires des fonctionnaires de 25% et de baisser de façon substantielle les allocations familiales ainsi que les aides versées aux handicapés ou encore aux invalides de guerre.

Malgré les vives oppositions que ce plan d’austérité a suscitées dans tout le pays, le Président Băsescu vient d’annoncer qu’il entendait contracter un nouveau prêt auprès du FMI au printemps prochain.

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