Schengen : Bucarest refuse un statut de seconde zone dans l’UE

15 Jan

Par Mehdi CHEBANA

Berlin et Paris bloquent l’adhésion de Bucarest à l’espace Schengen, une décision qui prolonge les prises de position musclées et la démagogie antirom des autorités françaises.

Un milliard d’euros a été dépensé dans la mise en conformité des postes frontières et l’alignement des procédures roumaines

Publié le 14 janvier 2011 dans L’Humanité

Débats enflammés dans les médias, cris d’indignation de dirigeants politiques, vif sentiment d’injustice au sein de la population… La Roumanie digère mal la décision de l’Allemagne et de la France de reporter son adhésion, et celle de la Bulgarie, à l’espace Schengen. Cette adhésion devait prendre effet en avril prochain mais Paris et Berlin estiment que « des progrès irréversibles dans la lutte contre la corruption et le crime organisé » doivent d’abord être réalisés.

« C’est de la discrimination, nous devons être soumis aux mêmes conditions que les autres pays ayant adhéré à Schengen », s’indigne le président Traian Basescu. Sur le plan technique, la Roumanie a en effet rempli toutes les conditions pour rallier la zone de libre circulation, comme l’attestent les derniers rapports européens d’évaluation. « Nous avons bien fait nos devoirs », se targue même le ministre des Affaires étrangères, Teodor Baconschi, pointant qu’un milliard d’euros a été dépensé dans la mise en conformité des postes frontières et l’alignement des procédures roumaines.

Les nouvelles exigences franco-allemandes passent donc très mal à l’heure où les tensions entre Paris et Bucarest sur le dossier rom retombent à peine. « Si l’on ajoute de nouveaux critères comme celui de la corruption, je pense que la France doit alors sortir de l’espace Schengen », s’emporte le député social-démocrate Adrian Severin, ajoutant : « Le gouvernement français entend nous faire la morale, mais je pense qu’il n’est pas bien placé pour le faire. Les affaires Bettencourt ou Karachi ainsi que les pressions exercées sur la Roumanie afin qu’elle signe des contrats commerciaux favorables à la France, tout cela sent aussi la corruption. »

Bucarest entend désormais utiliser tous les moyens pour infléchir la décision franco-­allemande. Teodor Baconschi a notamment menacé de bloquer l’adhésion de la Croatie à l’UE et plusieurs députés ont annoncé qu’ils pourraient refuser de ratifier un amendement du traité de Lisbonne permettant à l’Allemagne de conserver 99 députés au sein du Parlement européen.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :