Malgré le racisme et l’exclusion, 6 Roms sur 10 travaillent en Roumanie

20 Sep

Par Mehdi CHEBANA

Empêchées d’accéder à l’emploi mais aussi à la formation, voire à l’éducation de base, les populations roms demeurent victimes de discriminations systématiques contre lesquelles les autorités se disent au mieux impuissantes.

Seuls 35 % des Roms de Roumanie occupent un emploi légal

Publié le 19 septembre 2012 dans L’Humanité

«Fer, fer, collecte du fer ! »… Tous les matins, dans les quartiers ouest de Bucarest, ce même appel retentit entre les immeubles usés par le temps. Il est lancé par un petit groupe de Roms. Parmi eux, Maria, qui porte une longue jupe aux couleurs chatoyantes. Elle gagne autour de 80 euros par mois en débarrassant les riverains de leurs objets en ferraille. « Au moins je ne mendie pas, je ne vole pas, je garde ma dignité », confie-t-elle.

Avec le tri des ordures et la vente de fleurs, la collecte de ferraille constitue l’une des principales sources de revenus des Roms dans les grandes villes de Roumanie. Des revenus souvent non déclarés qui leur permettent à peine de faire face au quotidien. La moitié des deux millions de Roms que compte le pays vit ainsi avec moins de 3,40 euros par jour, selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2010.

Comme Maria, 60 % d’entre eux travaillent. Mais seuls 35 % occupent un emploi légal – qui reste souvent non qualifié et sous-payé dans les domaines de l’agriculture et du BTP, 0,2 % sont cadres et 0,3 % travaillent dans la fonction publique, selon un rapport à paraître de l’association Impreuna. « Ils sont les moins bien armés pour affronter le marché de l’emploi », insiste le sociologue Gelu Duminica qui préside cette association spécialisée dans l’insertion.

Les Roms souffrent avant tout d’un manque d’instruction et de qualifications. Alors qu’un enfant sur quatre quitte le système scolaire juste après le primaire, souvent pour aider ses parents à compléter de maigres revenus, les adultes sont plus d’un tiers à souffrir d’illettrisme et un quart à n’avoir aucune qualification.

« L’école est la clé », lance Cristina Bereschi pleine d’espoir. À vingt-six ans, cette institutrice rom originaire de Reghin, en Transylvanie, veut servir d’exemple. Après des études financées par une ONG anglo-saxonne, elle est parvenue à atteindre son rêve, celui d’enseigner, grâce au soutien de ses parents qui ne se sont pas résolus à ce qu’elle abandonne l’école à l’issue de la primaire. Ses élèves sont quasiment tous roms. « J’aime croire que je leur apporte un peu d’espoir à eux et à leurs parents, dit-elle. Je veux qu’ils comprennent que notre communauté n’est pas vouée à vivre dans la misère et à n’exercer que des petits boulots. »

La chute du communisme a notamment été dramatique pour les travailleurs roms de Roumanie. « Ils ont été les principales victimes de la transition économique », souligne Gelu Duminica, qui précise : « Nous sommes passés du plein-emploi et d’une relative égalité entre les citoyens à un marché du travail concurrentiel où les Roms ont subi un racisme exacerbé qui a ressurgi d’un coup. »

Apiculteur de formation, Cristian est l’une des victimes de la nouvelle donne. Après avoir terminé son lycée agricole, il est resté inactif pendant deux ans. « Avec la crise, c’est dur pour tous les jeunes Roumains, nous confiait-il, il y a quelques mois, mais c’est vrai que dans mon cas, la couleur de peau me dessert largement. » Le jeune homme a aujourd’hui du travail, mais en Espagne où il a dû émigrer avec sa femme.

Les politiques d’insertion menées depuis deux décennies en Roumanie sont donc insuffisantes. Malgré quelques initiatives très médiatiques comme la mise en place de quotas pour les Roms au lycée et à l’université, la situation reste dramatique sur le terrain. « Il n’existe toujours pas de budget spécifique ni de stratégie nationale cohérente pour gérer le problème », déplore Mihai Neacsu, de l’ONG Amare Rromentza.

Les associations estiment à plusieurs millions d’euros le montant de l’aide européenne effectivement utilisée pour l’insertion des Roms depuis l’adhésion de la Roumanie en 2007. Mais aucune autorité à Bucarest ou à Bruxelles n’est en mesure de préciser les chiffres. « Il n’existe pas de fonds européen dédié directement aux Roms, explique Gelu Duminica. Les sommes versées concernent des objectifs généraux et l’insertion des Roms n’est au mieux qu’un sous-objectif qu’il revient à Bucarest de budgéter. »

La semaine dernière, le ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, était en Roumanie pour « comprendre pourquoi des politiques d’insertion puissantes n’étaient pas menées » sur place. À cette occasion, le premier ministre, Victor Ponta, a promis « d’être plus pragmatique et plus sérieux que ses prédécesseurs en la matière ». Les associations espèrent, de leur côté, que ce ne sera pas une énième déclaration d’intention.

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8 Réponses to “Malgré le racisme et l’exclusion, 6 Roms sur 10 travaillent en Roumanie”

  1. Ion Din Balon 20 septembre 2012 à 13:53 #

    Bine, domnule mic comunist, unde e rasismul prezent in titlul articolului? am citit de doua ori articolul si nu am inteles deloc unde e excluziunea rasista…daca aveti obsesii, mai bine mergeti frumos la un psihiatru, nu va defulati in presa, fie ea si comunista…va rugam frumos! cat despre cifrele domnului Duminica, asteptam raportul, metoda de cercetare, esantionul si mai discutam dupa. v-as putea scrie in franceza, dar nu ma deranjez! sunt sigur ca veti intelege si asa ideea!

    Traduction de Roumanophilie

    Bien, monsieur le petit communiste, où est le racisme dont vous parlez dans le titre ? J’ai lu deux fois l’article et je n’ai pas du tout compris où était l’exclusion raciste… Si vous avez des obsessions, il vaudrait mieux que vous alliez gentiment voir un psychiatre au lieu de vous défouler dans la presse, aussi communiste soit-elle… Nous vous en prions !Quant aux chiffres de monsieur Duminica, nous attendons le rapport, la méthode de recherche, l’échantillon et après on discutera… je pourrais vous écrire en français mais je ne me donnerai pas cette peine ! Je suis sûr que vous comprendrez l’idée même comme ça !

  2. Mehdi Chebana 20 septembre 2012 à 15:53 #

    Monsieur l’internaute qui vous cachez sous un confortable pseudonyme,

    Le rapport cité dans l’article est une étude comparative entre les Roms et les non-Roms en Roumanie. Il paraitra dans quelques semaines. J’en ai vérifié la validité auprès de ses auteurs, l’échantillon est représentatif, la marge d’erreur de 3%. Gelu Duminica est sociologue de formation et de métier, c’est un acteur crédible de la lutte contre les discriminations auxquelles sont confrontés les Roms en Roumanie.

    Par ailleurs, je cite d’autres rapports qui montrent l’exclusion et la grande précarité de cette minorité, j’ai également recueilli de nombreux témoignages, ceux qui paraissent dans l’article mais aussi ceux des Roms que je côtoie depuis 13 ans que je viens en Roumanie. Les Roms sont nombreux à dire souffrir de discriminations et il suffit de se promener sur les forums des grands quotidiens roumains pour vérifier l’existence de la haine raciste dont ils font l’objet.

    Par ailleurs, je pointe dans mon papier le manque de cohérence et d’efficacité des politiques menées par les autorités de Bucarest au cours des deux dernières décennies. Les chiffres publiés aussi bien par les ONG que par les institutions roumaines et européennes font état de la grande précarité des Roms en Roumanie et de leur difficile accès à l’éducation, à la santé et au marché du travail.

    Vous pourrez consulter quelques rapports qui précèdent celui à paraître de l’association Impreuna :

    [1] Les coûts de l’exclusion des Rroms, avril 2010, Banque mondiale.

    [2] Rapport national du IRSDTC pour la Roumanie, 2010, UNICEF.

    [3] Inclusion et exclusion des Rroms dans la société roumaine d’aujourd’hui, 2008, Projet Phare.

    [4] Rapport national du IRSDTC pour la Roumanie, 2010, UNICEF.

    [5] Phénomène discriminatoires en Roumanie. Perception et attitudes, 2009, CNCD

    Voilà, je terminerai avec une citation détournée d’André Gide : « moins le Roumain est intelligent, plus le Rom parait bête »…. Mon psy sera sûrement d’accord avec ça…. Je ne me donne pas non plus la peine de traduire, je suis sûr que vous « comprendrez l’idée même comme ça » !

  3. Le hibou 20 septembre 2012 à 15:58 #

    Pardon monsieur le »petit communiste », le RACISME n’existe pas. Consultez! Hahaaaaa.

  4. Sylvain 20 septembre 2012 à 16:00 #

    En même temps, en défendant des gens peu appréciés (euphémisme), tu devais t’y attendre un peu, non ? C’est très dur de l’extérieur de savoir s’ils st désagréables parce que tout le monde est odieux avec eux ou si tout le monde est odieux parce qu’ils st désagréables. Un peu un cercle vicieux leur problème. Y a des torts de chaque coté, non ? J’attends ton avis de spécialiste.

  5. Berta 20 septembre 2012 à 16:01 #

    une fois que tu exprimes des opinions écrites pour le grand public, c’est normal qu’il y ait des critiques positives et négatives…fonce, alors!

  6. Anaïs 20 septembre 2012 à 16:02 #

    La réaction de Ion din Bidon n’a rien d’étonnant…

  7. Clément Serniclay 5 octobre 2012 à 13:41 #

    Merci pour cet article qui montre bien ce qui crève les yeux quand on connait un peu la Roumanie : le racisme et la discrimination contre les Rroms. Si Domnul Ion din Balon ne le sait pas, c’est qu’il a des carences intellectuelles ou bien qu’il est simplement raciste. Ou xénophobe quand il prétend interdire à un Français et donc à tout étranger de critiquer la Roumanie : en fait, la France et la Roumanie sont deux pays où règnent la liberté d’expression. Peut-être que Ion din Balon préférait le temps de Ceausescu où il était interdit d’évoquer ces problèmes.
    Concernant la discrimination : les Rroms en ont été victimes dans tous les pays où ils se sont installés et à peu près sans interruption depuis qu’ils se sont formés en tant que peuple. Il suffit de lire un livre d’histoire pour savoir ça, par exemple « La persécution des tsiganes par les nazis » de Guenter Lewy. Cette persécution a également eu lieu entre autres en Roumanie et en France.
    Et une expérience personnelle : j’ai fait connaissance avec plusieurs familles Rroms venant du Maramures. La grande majorité est analphabète, ils n’ont pas eu la chance comme Ion din Balon d’aller à l’école. C’était ça la discrimination. Et malgré le racisme et les bidonvilles de France, ils n’avaient aucune envie de retourner en Roumanie, car là-bas c’était encore pire, ils fouillaient les décharges publiques pour survivre.

  8. ndoshta 6 août 2013 à 10:59 #

    Je respecte cet avis que j’ai longtemps souhaité partager. Puis j’ai découvert lors d’une mission OSCE le comportement des roms au Kosovo en 1999-2000, sbires pillards et sans âme en deuxième rideau des milices d’Arkan… Ignoble. On en a peu parlé, C’était « déplacé ». 13 ans plus tard, malgré l’évolution de leur situation et les efforts faits en leur faveur en France, je vois les taux de criminalité qui leur incombent, le vandalisme naturel qu’ils mènent au domaine public sur les structures qui leur sont offertes, leur rejet de la loi comme des tâches salariées qui leur sont proposées…. Je comprends aujourd’hui qu’hélas, la place que la Cité leur accorde est une réaction naturelle de défense, quasi biologique.Il ne s’agit pas de racisme.
    Je ne vous demande pas de partager : j’exprime un avis divergent, sans colère ni animosité.
    L’objet principal de mon commentaire, par ailleurs, est de dire combien j’apprécie la qualité de ce blog et de ses articles, et d’en remercier l’hôte.

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