Baia Mare : après le mur, l’éloignement des Roms

27 Sep

Par Mehdi CHEBANA

Le maire de Baia Mare, en Roumanie, avait déjà fait bâtir un mur le long du quartier où vivent les Roms. Il veut maintenant leur expulsion de la ville pour les reloger à la campagne.

De nombreuses associations s’élèvent contre le projet de la municipalité

Publié le 26 septembre 2012 dans L’Humanité

Une armée de pelleteuses qui débarquent pour réduire en miettes des dizaines de maisons de fortune. Un bataillon de policiers qui brandissent froidement une décision de justice. Et, face à eux, des habitants qui crient leur indignation. La scène se répète inlassablement dans les bidonvilles roms de Baia Mare, une ville de 140 000 habitants du nord de la Roumanie. Le dernier démantèlement remonte au 11 septembre, quand, sous l’œil de vidéastes amateurs, quelque deux cents Roms du quartier de Pirila ont été évacués sous la contrainte.

Depuis le printemps, la municipalité mène une politique systématique de démolition qui s’inscrit dans un projet plus vaste : reloger, d’ici trois ans, les quelque 4 000 Roms de Baia Mare à une dizaine de kilomètres du centre-ville. « Ces gens-là sont faits pour vivre dans les champs avec des chevaux », justifie, plein de cynisme, le maire, Catalin Chereches. « Au moins, à la campagne, ils trouveront des moyens de subsistance décents, ils pourront préserver leurs traditions et cesser de vivre uniquement d’aides sociales », ajoute-t-il.

De nombreuses associations s’élèvent contre le projet de ce jeune édile, qui avait déjà suscité la polémique l’an dernier en érigeant un mur le long d’un quartier peuplé majoritairement de Roms. « Vider une ville de ses Roms, c’est de l’épuration ethnique ! » dénonce Oana Mihalache, de l’association Romani Criss. Elle a envoyé, avant l’été, une lettre ouverte aux autorités de Bucarest qui est restée sans réponse.

Dans certains cas, la municipalité de Baia Mare propose des solutions de relogement aux familles évacuées. Mais elles sont provisoires et bien souvent inadaptées. Par exemple, en juin, un millier de Roms chassés du bidonville de Craica ont été relogés dans les bureaux de Cuprom, une ancienne usine de traitement de métaux. Peu après leur installation, une vingtaine de personnes ont été hospitalisées après avoir inhalé des produits toxiques qui étaient encore entreposés sur place, selon les associations. « Je n’avais pas le choix, c’était ici ou la rue », témoigne une mère de famille.

« On vit à huit dans 20 mètres carrés, les toilettes sont sur le palier, on n’a pas de cuisine », ajoute-t-elle. Le cas de Baia Mare n’est pas isolé en Roumanie, le pays qui compte la plus importante communauté rom de l’Union européenne, soit environ 2 millions de personnes. À Miercurea Ciuc, dans le centre, une centaine de familles avaient été expulsées d’un immeuble du centre-ville en 2004 pour être relogées à côté d’une décharge à ordures, où elles vivent toujours aujourd’hui.

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