Enquête exclusive en Roumanie, les coulisses du tournage

28 Nov

Par Mehdi CHEBANA

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

Enquête exclusive, l’une des émissions phares de la chaîne française M6, consacre dimanche 2 décembre un numéro spécial à la Roumanie. Il ne sera pas question de prostitution, de mendicité, de Dracula, de chiens errants ou de camps roms… Bernard de la Villardière et ses équipes se sont plutôt intéressés aux nombreux autres visages qu’offre le pays.

Car 23 ans après la chute de Nicolae Ceausescu, la Roumanie c’est désormais un eldorado pour des centaines d’étudiants français en médecine, une plaque tournante de l’industrie musicale mondiale, un petit coin de paradis pour les amateurs de nature, de calme et d’authenticité mais aussi une immense scène de théâtre pour des personnalités hautes en couleurs comme le roi autoproclamé des Roms Florin Cioaba ou les milliardaires George Becali, patron du Steaua Bucarest, et Dan Diaconescu, héraut de la « télé trash ».

J’ai eu l’occasion de travailler de bout en bout sur cette radiographie de la Roumanie, forcément incomplète, mais insolite, vivante et souvent juste. Une radiographie que les producteurs ont finalement baptisée « Popstars, milliardaires, étudiants français : success stories en Roumanie ».

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

Tout a commencé en mars dernier quand une première équipe, emmenée par le journaliste Fabien Vinçon, a débarqué à Iasi, la deuxième ville du pays. « Une sélection sur dossier, des appartements spacieux pour des loyers dérisoires : chaque année, des centaines d’étudiants en médecine quittent la France pour les bancs des facultés roumaines, résume la chaîne dans un communiqué. Des filières spéciales ont même été ouvertes pour accueillir ces futurs médecins français » .

Craignant de passer pour « des gosses de bourgeois qui achètent leur diplôme« , les étudiants ont longuement réfléchi avant de nous ouvrir les portes de leur quotidien. Puis ils se sont finalement livrés. Car pour eux qui, dans leur grande majorité, ont été recalés au concours de médecine en France, la Roumanie apparaît comme une chance unique d’aller au bout de leur rêve. Après tout tout, l’UMFI, l’Université de médecine et de pharmacie de Iasi, propose un enseignement de qualité, en français ou en anglais, qui attirait déjà de nombreux étudiants étrangers, notamment arabes, pendant la période communiste.

Après une semaine de tournage à Iasi, nous avons pris la route. Direction la Transylvanie et les propriétés du prince Charles. L’héritier de la couronne d’Angleterre possède en effet de vieilles maisons de style saxon dans le village perdu de Viscri et celui de Zalàpatak. Nous sommes en pleine nature, dans une région peuplée d’ours et reliée à la civilisation par des routes caillouteuses et abîmées par le temps. Le prince s’y rend chaque année pour respirer et s’adonner à sa passion pour les fleurs. Et quand il n’est pas là, ce sont les touristes qui profitent de l’authenticité et du charme de ses propriétés transformées en maisons d’hôtes. Nous avons rencontré le conte Tibor Kalnoky, un ami de Charles, qui s’occupe de la gestion et de la restauration de ses biens dans cette région ô combien romanesque…

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

Après le calme, la vie trépidante de Bucarest… Là-bas, nous avons suivi Antonia, star montante de la dance roumaine qui rêve de connaître le succès planétaire de son amie et compatriote Inna. Cette rencontre nous permet de comprendre les dessous de l’industrie musicale roumaine; ou comment le pays fabrique en quelques heures et pour pas cher des tubes qui résonnent dans les discothèques du monde entier. « En France et partout dans le monde, dans les boîtes de nuit les jeunes s’éclatent sans le savoir sur des tubes roumains, expliquent les producteurs de l’émission dans le communiqué précité. Inna, la plus en vue, a déjà vendu des millions de disques. Avec sa plastique de rêve, cette ancienne étudiante en sciences-politiques séduit aujourd’hui les clubbeurs du monde entier. Dans son sillage, une dizaine de popstars roumaines sont déjà prêtes à prendre la relève. Vous allez découvrir comment ce pays est devenu une machine à produire des hits. »

Toujours en mouvement, riche de ses contrastes, la capitale roumaine nous permet aussi de rencontrer des personnalités diamétralement opposées. D’un côté, Nicușor Dan, un mathématicien un peu utopiste qui lutte pour sauver le patrimoine architectural de la ville. De l’autre, les truculents milliardaires George Becali et Dan Diaconescu qui nous offrent des séquences absolument burlesques. Le premier nous invite notamment dans son palais pour nous montrer une improbable collection de tableaux à son effigie. Le second nous accueille sur le plateau de son émission « Dan Diaconescu Direct », archétype de la « télé trash » en Roumanie. Populistes et populaires, les deux hommes font aussi de la politique et rêvent de diriger un jour le pays. C’est avec eux que se termine la première partie du tournage de l’émission.

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

Mi-novembre, c’est Bernard de la Villardière qui a débarqué en personne à Bucarest. Accompagné de la journaliste Julie Martin, de deux cadreurs et d’un ingénieur du son,  il est venu tourner ce qu’on appelle dans le jargon des « plateaux », c’est à dire des séquences de l’émission où le présentateur mène interviews et enquêtes, face caméra.

Bernard de la Villardière n’était plus revenu en Roumanie depuis la révolution de décembre 1989 et le sombre épisode des minériades qu’il avait couverts pour la radio RTL.  Comme beaucoup de journalistes de sa génération, il a été particulièrement marqué par ces événements et a donc souhaité traiter des « résidus de la dictature de Ceausescu ».

Mais pour compléter la radiographie de la Roumanie proposée par Fabien Vinçon, nous nous sommes d’abord rendus à Sibiu, en Transylvanie, pour rencontrer Florin Cioaba, l’un des trois rois autoproclamés des Roms. Dans le décor un peu surfait de son palais, il répond aux questions de Bernard de la Villardière sur sa légitimité, ses fonctions et les problèmes que rencontre sa communauté. Le tournage se poursuit à deux pas du palais dans un tribunal rom flambant neuf dirigé par son fils Dorin.

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

Puis sans transition, mais tout de même en 6 heures de train, nous redescendons dans la région de Bucarest pour découvrir les archives de la Securitate. Un immense entrepôt, à une vingtaine de kilomètres de la capitale, où s’entassent 2 millions de dossiers, comme autant de témoignages de la puissance et de la perversité du système de délation imaginé par la police politique roumaine à partir de 1948.

Nous avons également cherché à savoir ce qu’étaient devenus les milliers d’enfants des rues que les télévisions du monde entier avaient découverts dans les années 1990. Ils seraient encore entre 800 et 1100 à Bucarest et nous avons pu en rencontrer quelques uns grâce au concours de la Fondation Parada qui mène un remarquable travail de terrain.

Sans liens apparents, les nombreux sujets abordés dans l’émission apparaissent comme les pièces d’un puzzle qui, mises bout à bout, proposent un portait intéressant et dynamique d’une Roumanie qui a résolument avancé depuis la chute de Ceausescu.

Enquête exclusive en Roumanie – dimanche 2 décembre 2012 à partir de 22h45 sur M6

Advertisements

11 Réponses to “Enquête exclusive en Roumanie, les coulisses du tournage”

  1. Rinso 26 novembre 2012 à 21:19 #

    je vais suivre ça avec attention ! 🙂

  2. Dan 27 novembre 2012 à 06:11 #

    Trop, trop fort! Hier soir on a eu droit à un petit aperçu de l’émission de dimanche prochain, à la fin de l’émission

  3. Ulla 27 novembre 2012 à 06:12 #

    Ah, j’aimerais bien voir cette émission!!

  4. Felix 27 novembre 2012 à 06:13 #

    J’espère qu’ils vont pas nous sortir les clichés…

  5. Paroles de Roumains 27 novembre 2012 à 06:20 #

    Apparemment ils ont évité la prostitution, les chiens errants et la mendicité. Mais on ne coupera pas aux orphelins…

  6. Felix 27 novembre 2012 à 06:20 #

    Ils sont allé à Cighid ou ils ont ressorti les images des journalistes allemands?

  7. Felix 27 novembre 2012 à 06:21 #

    En parlant d’un bon documentaire sur la Roumanie il y a l’épisode de l’émission « Des trains pas comme les autres »

  8. Marianne 27 novembre 2012 à 06:21 #

    Oui, je l’ai vu, c’est sympa à regarder. Moins borderline que Enquête exclusive…

  9. Roumain 3 décembre 2012 à 13:30 #

    J’ai vu l’émission. Apparemment elle s’était proposée un pari pédagogique, allant à l’encontre des clichés français sur les roumains, mais en partant justement de ces clichés, l’émission a échoué dans le factice. Moi, si j’étais le français moyen bourré de préjugés sur les roumains, se serait pas cette émission qui aurait contribué à me les diluer, plutôt au contraire. Par épisodes : les « étudiants français a Iaşi » c’était de la pub, « Becali, Diaconescu et les archives de la securitate » c’était passable, « Nicuşor Dan » c’était assez au coté du sujet, « les tsiganes et Cioaba » c’était de la propagande plate, « les enfants de la rue » c’était exactement le genre de misérabilisme gratuit que le réalisateur s’est proposé de surpasser lors de la présentation du début.
    En somme, une réalisation assez médiocre et au coté de la vérité. Les causes résident justement dans la prévalence des clichés visant les roumains, dont les réalisateurs sont restés prisonniers et qu’ils ont plutôt servi, malgré bonnes intentions.

  10. Roumain 3 décembre 2012 à 13:45 #

    Ah, j’oublias : l’épisode « Inna & Co », fade et factice – pour illustrer ô combien branchés sont devenus ces roumains, on à choisi une starlette méconnue en Roumanie (mais pas en France), et ses producteurs anonymes. Plus que d’autres épisodes, « Inna & Co » en est un exemple comment on peut patiner à la surface des choses.

    Détail amusant, entre autres : lorsqu’on voulait donner plus d’authentique aux images, on y mettait … de la fanfare tsigane Yougoslave …

  11. Alexandre Stark 4 décembre 2012 à 14:36 #

    11/20 !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :