La Roumanie, pays de la protection sociale pas chère

7 Déc

Par Mehdi CHEBANA

Bucarest, qui a subi l’un des plans d’austérité les plus drastiques de l’UE, est champion d’Europe toutes catégories pour le niveau réduit de ses dépenses sociales. Une performance à ravir les néolibéraux mais qui cache d’hallucinantes galères.

Entre 800 et 1 100 enfants sont livrés à eux-mêmes dans les rues de Bucarest

Publié le 5 décembre 2012 dans L’Humanité

Une soupe bien chaude, des vêtements d’hiver, quelques couvertures… « Quelqu’un a pensé aux bonbons ? » Deux fois par semaine, avant la tombée de la nuit, les bénévoles de la fondation Parada s’assurent qu’il ne manque rien dans leur remorque. Pendant plusieurs heures, ils vont sillonner les rues de Bucarest, à la rencontre d’enfants et de jeunes adultes sans domicile fixe. Ils sont attendus avec impatience.

« Les voilà ! »… Le vieil utilitaire rouge et blanc de la fondation se gare sur l’immense boulevard de la Jeunesse, dans le sud de la capitale roumaine. Un petit groupe de gamins déboule en chahutant. Ils connaissent bien les bénévoles, qui organisent régulièrement pour eux des ateliers de cirque. « Ça fait plaisir de les voir, ils sont un peu notre famille », se réjouit Cristina, une jeune maman de dix-sept ans emmitouflée dans un manteau visiblement trop grand.

Comme elle, entre 800 et 1 100 enfants sont livrés à eux-mêmes dans les rues de Bucarest. Ils seraient 5 000 dans tout le pays. Beaucoup ont fui le foyer familial, où ils étaient maltraités, et les orphelinats. Ils dorment sous terre, le long d’imposants conduits de chauffage, et font face quotidiennement à la faim, à la maladie et à la dépendance à des drogues plus ou moins dures.

« Malheureusement, nous ne connaissons qu’un quart d’entre eux et nos moyens sont limités », confie Ionut Jugureanu, le directeur de Parada. « Nous pallions autant que possible l’indifférence et l’inaction de l’État face à ce phénomène devenu chronique. Pourtant, nous ne recevons aucune subvention publique. »

Certes, cinq ans après son adhésion à l’UE, la Roumanie reste le plus pauvre des 27 pays membres, après la Bulgarie. Mais le pays est aussi le moins volontariste en matière de protection sociale. Il ne consacre ainsi que 17,6 % de son PIB aux prestations en matière de chômage, d’exclusion, de santé ou encore de vieillesse. C’est moins que la Bulgarie (18,1 %), que la moyenne européenne (29,4 %) et que la France (33,8 %), selon des données qui viennent d’être publiées par l’office statistique européen Eurostat.

Les carences de l’État providence ne font pas pour autant débat sur la scène politique locale. Alors que des élections législatives sont organisées ce dimanche, aucune des forces en présence n’en a fait un thème de campagne. « À droite, comme à gauche, cela fait deux décennies que la pensée néolibérale prévaut et empêche toute réflexion de fond sur le système de protection sociale », analyse le politologue Cristian Pirvulescu.

Si plus de 8,5 millions de Roumains, soit près d’un sur deux, bénéficient de prestations sociales, le problème de fond réside dans l’insuffisance des sommes allouées. C’est pour cette raison qu’Adrian, l’un des bénévoles de Parada, n’ira pas voter dimanche, comme 49 % des électeurs roumains, selon un récent sondage. À trente et un ans, il vit avec 50 euros de RMI et quelques « avantages » en tant que handicapé. La gratuité des transports, par exemple. « Même pour obtenir ces droits-là, c’est le parcours du combattant », s’agace cet ancien SDF qui multiplie les petits boulots au noir et compte sur la solidarité de ses amis pour s’en sortir.

Les chômeurs inscrits à l’Anofm, l’équivalent de notre Pôle emploi, n’ont pas d’autre choix, eux non plus, que de recourir à la débrouille. Car, depuis le 1er janvier 2012, leurs revenus ont nettement diminué. Peu importe leur ancien salaire et le temps qu’ils ont passé dans leur entreprise, ils ne peuvent prétendre que jusqu’à 130 euros d’allocations, pour une durée maximale d’un an. « C’est le pire système qui soit au sein de l’UE ! » s’indigne Ovidiu Popescu, de la confédération syndicale Cartel Alfa. Et d’ajouter : « À ce tarif-là, de nombreux travailleurs ne se donnent même pas la peine de s’inscrire au chômage. Ils préfèrent ne compter que sur eux-mêmes ! »

Depuis trois ans, les Roumains subissent l’un des pires plans de rigueur de l’UE. Celui imaginé par le président Traian Basescu pour rembourser un prêt de 20 milliards d’euros accordé par le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne. Outre une baisse des salaires de 25 % dans la fonction publique et une hausse de la TVA de 19 % à 24 %, les autorités n’ont pas hésité à diminuer les retraites de 15 % et à opérer des coupes drastiques dans de nombreuses prestations sociales.

Pour contacter la fondation Parada :

  • Adresse : strada Bucur, nr. 23, sector 4, Bucuresti, România
  • Téléphone : 0040.213.311.799
  • E-mail : birou@paradaromania.ro
  • Site internet : http://www.paradaromania.ro 
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2 Réponses to “La Roumanie, pays de la protection sociale pas chère”

  1. Angela 7 décembre 2012 à 22:52 #

    Merci de l’article, dur contenu…

  2. Michel 8 décembre 2012 à 22:03 #

    Merci pour cet article. J’ai visité la Roumanie pendant six semaines. Un pays que j’aime pour ses habitants ,ses paysages,ses cultures

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