La Roumanie, un pays de vins

11 Déc

Par Mehdi CHEBANA

Avec plus de 4 millions d’hectolitres de blanc, rouge ou rosé produits l’an dernier, quelque 200 000 hectares consacrés à la vigne et une tradition viticole millénaire, la Roumanie fait partie des dix pays au monde qui comptent en matière de vins. Depuis quelques années, les viticulteurs locaux se lancent à la conquête du marché international. Parmi eux, Fiorenzo Rista, un Italien installé dans la région du Dealu Mare (Munténie). Il m’a décrit avec passion ce qui différencie les vins roumains des autres.

« La Roumanie est un pays idéal pour faire du vin de qualité »

Publié le 15 octobre 2012 dans la revue Regard

Quelle est, selon vous, la principale qualité des vins roumains ?

Je dirais que ce sont des vins aux arômes de fruits très prononcés. Ils dégagent souvent de savoureux parfums de cerise, de pomme ou encore de griotte. On pourrait croire qu’il y a eu un mélange lors du processus de fabrication, mais pas du tout ! Ces arômes sont dus aux cépages utilisés et au processus de fermentation. Les cépages autochtones sont notamment de très bons exemples de cette richesse aromatique. Comme la Fetească albă qui donne des vins blancs aux arômes de pomme et de poire qui sont très agréables au nez.

… et leur pire défaut ?

Difficile de répondre… Pour moi, ils n’ont presque pas de défauts ! Parfois, il est vrai, on est tellement séduit par le test olfactif que le vin peut sembler un peu fade en bouche. Mais cette petite déception gustative devient de plus en plus rare. La Roumanie produit aujourd’hui des vins de grande qualité, propres, bien faits, sans dépôt. C’est vrai qu’il y a encore une dizaine d’année la vinification se faisait avec une technologie obsolète et il n’était pas rare de tomber sur de la piquette. Mais depuis, les viticulteurs ont rattrapé leur retard. Ils ont énormément investi et beaucoup ont replanté leurs pieds de vignes. Moi-même, j’ai déjà replanté 70 hectares sur la centaine que je cultive avec mon entreprise. Le résultat s’en ressent !

Ont-ils suffisamment de potentiel pour séduire les amateurs de vin étrangers ?

J’en suis convaincu ! Les vins roumains plaisent de plus en plus aux étrangers qui les découvrent depuis quelques années. D’ailleurs, ils commencent à se faire une petite place dans les caves françaises, italiennes, anglaises ou espagnoles. Mais c’est vrai qu’ils souffrent encore d’un déficit d’image et qu’il faudra du temps pour le combler. Après tout, les vins argentins, californiens ou italiens sont aussi passés par là. Ce qui est rassurant, c’est que les producteurs unissent déjà leurs forces pour les promouvoir au-delà des frontières. La Roumanie fait notamment partie de l’OIV, l’Organisation internationale de la vigne et du vin et de plus en plus de viticulteurs participent désormais aux grandes foires internationales. Croyez-moi, on assiste en ce moment à un changement radical et de nombreux confrères étrangers commencent à nous envier.

Comment l’expliquez-vous ?

C’est très simple, la Roumanie est un pays idéal pour faire du vin de qualité ! Et pour en avoir parlé avec des amis italiens et français, je peux vous dire que son terroir n’a rien à envier aux autres. Nous bénéficions d’un fort ensoleillement dans la mesure où, comme la région de Bordeaux, nos grandes régions viticoles se situent à proximité du 45e parallèle nord. Les collines qui jalonnent le pays sont aussi tout à fait propices à la viticulture et la terre est de bonne qualité, très riche en potassium et en azote. Enfin et c’est peut-être le plus important, en Roumanie, il y a des gens qui ont une science du vin incroyable.

Vous voulez dire que les Roumains eux-mêmes participent de la richesse de ce terroir ?

C’est exactement ça. La culture du vin est profondément enracinée dans le peuple roumain. Et pour cause, ici on faisait du vin avant même l’arrivée des Romains ! Un bon moyen de s’en rendre compte c’est de se promener dans les régions vallonnées de la campagne roumaine. Dans le Dealu Mare, par exemple… Vous verrez que chaque famille a dans son jardin un petit lopin consacré à la vigne et vous en tirerez une conclusion : les Roumains aiment cultiver cette plante et ont beaucoup d’expérience. Cela vaut pour ceux qui parfois ne sont même pas allés à l’école mais la Roumanie a aussi donné de grands spécialistes en la matière/ Pour l’anecdote, quand j’étais étudiant en Italie, je me souviens qu’un spécialiste roumain du nom de Constantinescu était régulièrement cité dans les ouvrages de référence sur le vin.

Vous décrivez la Roumanie comme une terre de viticulture idéale. Mais les hivers sont quand même très rudes et les été souvent caniculaires. Cela ne nuit-il pas à la vigne ?

C’est vrai qu’il faut apprendre à composer avec le climat, ce qui n’est pas toujours facile. L’hiver, le gel est effectivement notre plus grand ennemi. Mais cette année, nous avons eu de la chance, car il a énormément neigé et les couches de neige ont en quelque sorte protégé les pieds de vigne. En été, c’est la sécheresse qui peut faire des ravages comme cela a été le cas il y a quelques années. La sécheresse provoque un stress hydrique de la plante tout à fait dévastateur. Heureusement, on a aussi eu beaucoup de chance cette année grâce aux pluies très abondantes du printemps.

Pour conclure, revenons-en au goût et à vos préférences en matière de vins roumains…

Je suis originaire du Piémont et comme beaucoup de gens là-bas, je suis un grand amateur de vins rouges. Ceux que l’on produit au sud des Carpates et en Dobrogea sont particulièrement bons. Et ce peu importe le cépage. Merlot, Cabernet, Feteasca… Ce sont des vins d’hommes, je dirais même d’hommes joyeux. Comme beaucoup de régions viticoles latines, la Roumanie est un pays de gens joyeux.

Les cépages autochtones

Les autochtones

Feteasca regală. C’est le cépage le plus utilisé par les viticulteurs roumains, près de 13 000 hectares lui étant consacrés, selon l’Office national de la Vigne et des Produits viticoles (ONVPV). Originaire de Transylvanie, il a été identifié pour la première fois en 1920 sur la commune de Daneş, près de Sighişoara. Aujourd’hui, on le retrouve dans une majorité de vignobles à travers les huit régions viticoles que compte la Roumanie mais il est aussi cultivé en Autriche et en Hongrie. La « feteasca regală », entre 10,5% et 11,5% d’alcool, donne des vins blancs de table ou de grande qualité qui se marient très bien avec le poisson, la viande blanche et les fruits de mer.

Grasa de CotnariCultivé depuis le XVe siècle autour du village de Cotnari, à quelques dizaines de kilomètres de Iaşi, ce cépage fait la fierté des habitants de la Moldavie roumaine. La légende raconte que le voïvode Ștefan cel Mare était un grand amateur de ce raisin blanc donnant un vin supérieur, demi-sec ou liquoreux, qui se distingue par sa forte concentration en sucre (240 g/l) et en alcool (15%). Primée lors de l’Exposition universelle organisée en 1900 à Paris, la « grasa de Cotnari » est aujourd’hui le vin vedette de la société roumaine Cotnari dont le chiffre d’affaires a dépassé les 25 millions d’euros l’an dernier.

Feteasca albă. C’est la deuxième variété de vigne la plus cultivée en Roumanie, selon l’ONVPV. Plus de 11 400 hectares lui sont consacrés et on la retrouve dans une majorité de vignobles, notamment en Moldavie et en Transylvanie. Les vins produits à partir de ce cépage sont des vins blancs secs ou demi-secs avec des concentrations modérées de sucre et d’alcool, entre 11,5% et 12%. La « Feteasca albă » est aussi particulièrement prisée des viticulteurs qui souhaitent produire du vin pétillant.

Băbească neagră. On compte plus de 80 noms différents pour désigner ce cépage « de grand-mère » que certains amateurs de vin disent millénaire. Sa culture occupe 6 000 hectares de vignobles, principalement en Moldavie mais aussi en Valachie et en Dobroudja. Il donne des vins rouges de consommation courante qui sont généralement légers, fruités et dont le degré d’alcool oscille entre 10% et 11%. Dans la région de Nicoreşti, au nord-ouest de Galați, les vins produits à partir de ce cépage sont d’origine contrôlée.

Tămâioasă românească. Également appelé le « muscat roumain », ce raisin blanc à petits grains est originaire de la Grèce antique. Il a été importé sur le territoire actuel de la Roumanie aussi bien par les colons grecs que par les Romains. Aujourd’hui, il est cultivé sur une surface d’environ 1 000 hectares, de la région de Tîrgu Jiu à la Moldavie roumaine en passant par le Dealu Mare. Il donne des vins blancs aromatiques de qualité et d’une teneur en alcool autour de 12%. Idéals pour accompagner les desserts, ces vins sont sucrés et riches en arômes de fleurs et de miel. Certains spécialistes n’hésitent pas à surnommer la « tămâioasă românească » le « chef d’œuvre » des cépages roumains.

Feteasca neagră. Des teintes rouges rubis, des arômes de raisins secs, une concentration modérée en sucre et en alcool (de 12% à 12,5%)… Qu’ils soient doux, secs ou demi-secs, les vins rouges produits à partir de la « feteasca neagră » ont du caractère. Pourtant, ce cépage séculaire, qui a su résister au phylloxéra et au temps, attire de moins en moins de viticulteurs. Selon l’ONVPV, moins de 2 500 hectares y sont consacrés aujourd’hui, notamment en Moldavie et en Munténie.

Galbena de Odobeşti. Il a longtemps été l’un des cépages les plus cultivés en Roumanie. Pourtant aujourd’hui, on ne le cultive principalement que dans les vignobles du sud de Vrancea, en Moldavie. En cause : la faible résistance de la plante aux maladies qui a peu à peu découragé les viticulteurs. Les vins blancs qui en sont issus sont secs et peu acides. Ils contiennent entre 9% et 11% d’alcool et se consomment en général lors de leur première année. Les spécialistes apprécient notamment la sensation de fraîcheur qu’ils laissent en bouche.

Busuioacă de Bohotin. Petit par la surface cultivée, à peine une centaine d’hectares, mais grand par son originalité. C’est ainsi que certains œnologues roumains définissent ce cépage issu du vignoble de Bohotin, au sud-est de Iaşi, Il donne un vin rosé unique en son genre par ses arômes de chèvrefeuille et de pêches mures (11,5% à 12,5% d’alcool). Preuve de la grande richesse des cépages autochtones de Roumanie, la « Busuioacă de Bohotin » est également produite autour deHuși, en Moldavie, ainsi qu’à Pietroasa et Tohani, en Munténie.

Les étrangers

Merlot. Alors qu’il conquière actuellement les vignobles de nouveau pays producteurs comme l’Argentine ou les Etats-Unis, le célèbre cépage de cuve noir français est apparu en Roumanie il y a déjà plus d’un siècle. Certes, il occupe aujourd’hui une surface viticole deux fois moins importante que la « Feteasca regală », soit un peu plus de 6 500 hectares, mais il reste le cépage importé préféré des viticulteurs roumains. De la Dobroudja au Banat, il s’épanouit dans les vignobles du sud du pays, là où le climat est particulièrement favorable à la production de vins rouges. Des vins secs, fruités, d’une couleur intense et d’une teneur en alcool qui oscille entre 12% et 12,5%.

Aligoté. A en croire les spécialistes, le vin blanc issu de ce cépage bourguignon est tout à fait adapté aux repas riches en viande grillée. Pas étonnant dès lors qu’il soit si bien implanté dans un pays comme la Roumanie, où passer de longs moments autour du barbecue est devenu un sport national. Cultivé sur près de 5 000 hectares, « l’Aligoté » est ainsi le deuxième cépage importé le plus utilisé par les viticulteurs roumains, notamment par ceux de Dobroudja et du département de Vrancea. Les amateurs du Aligoté (12% d’alcool) apprécient notamment les arômes d’absinthe et de chicorée qui s’en dégagent parfois.

Sauvignon. Les Roumains ont aussi droit aux savoureux parfums de buis et de genêt qui émanent des vins blancs issus de ce cépage français (11,5% à 12% d’alcool). Si ce dernier n’est pas aussi répandu que dans la Vallée de la Loire et le Bordelais, on le cultive quand même sur une surface de 4 800 hectares. Il donne des vins secs et demi-secs dans les vignobles de Transylvanie (Târnave, Alba et Aiud), de Munténie (Dealu Mare, Ştefăneşti-Argeş) et d’Olténie (Drăgăşani, Dealurile Craiovei, Severin, Plaiurile Drancei) et des vins doux en Dobroudja (Murfatlar).

Riesling italien. Contrairement à de nombreuses variétés de vignes importées en Roumanie, ce cépage blanc d’origine incertaine a été introduit dans les vignobles avant la terrible invasion du phylloxéra qui a frappé le pays en 1884. Adapté aux climats chauds, son rendement est particulièrement important en Munténie, en Olténie et dans le sud de la Moldavie où l’on en fait des vins secs de qualité supérieure et plus rarement des vins pétillants d’une teneur en alcool entre 11% et 12%. Le « Riesling italien », sans lien avec les « Riesling » d’Allemagne et d’Alsace, est très répandu ailleurs en Europe centrale et dans les Balkans mais sous des appelations différentes.

Cabernet-Sauvignon. C’est le cépage le plus planté au monde après le « Merlot  » et pourtant il n’occupe que 2% de la surface viticole totale de la Roumanie. Il est particulièrement répandu dans les vignobles du Dealu Mare (Munténie), d’Odobeşti (Moldavie), de Murfatlar (Dobroudja) et de Miniș-Măderat (Transylvanie). Mondialement connu grâce aux grands crus de Bordeaux, il donne d’excellents vins rouges d’une teneur en alcool qui varie entre 12% et 12,5%. Son rendement et sa résistance au gel et à la pourriture séduisent de nombreux viticulteurs roumains, sans aller jusqu’à mettre en péril la diversité des cépages autochtones.

Muscat Ottonel. La douceur du climat de Transylvanie est particulièrement propice à la culture de cet autre cépage de cuve français. Elle conserve notamment les arômes des vins blancs, élégants et légèrement musqués qui en sont issus (entre 11,5% et 12% d’alcool). Actuellement, le « Muscat Ottonel » occupe ainsi près de 4 000 hectares de vignobles en Roumanie, la plupart se situant autour de Târnave, Alba, Ajud mais aussi en Dobroudja où la société roumaine Murfatlar en tire un vin beaucoup plus sucré.

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