La poste roumaine mise en vente

24 Juil

Par Mehdi CHEBANA

Le gouvernement roumain s’est engagé l’an dernier à accélérer la privatisation de Poșta Română. Mais pour le moment, aucun investisseur n’est prêt à racheter cette entreprise endettée, peu rentable mais qui dispose pourtant d’un grand potentiel.

Depuis 150 ans, Poșta Română, est chargée de la distribution du courrier en Roumanie

Publié le 16 juillet 2013 dans Regard

Entreprise publique cherche désespérément acquéreur… Voilà plus d’un an que le gouvernement du social-démocrate Victor Ponta tente de privatiser Poșta Română, la compagnie nationale chargée depuis 150 ans de la distribution du courrier et du service postal universel. Mais son offre – 51% des parts détenues par l’Etat roumain, contre une augmentation de capital d’au moins 150 millions d’euros – n’a toujours pas trouvé preneur.

Minée par des problèmes de gestion, Poșta Română a accumulé 120 millions d’euros de pertes ces quatre dernières années et elle doit en tout 151 millions d’euros, dont près de 60 millions à l’administration fiscale. De quoi freiner les investisseurs potentiels.

« Nous jouons aussi de malchance », a récemment expliqué Dan Nica, le ministre des Communications, lors d’un débat télévisé . « La poste belge est très intéressée mais elle ne peut pas participer au processus parce qu’elle a un marché avec la Commission européenne qui l’en empêche. La poste italienne n’a plus le droit d’investir hors d’Italie. J’ai aussi beaucoup compté sur de riches investisseurs non européens, mais ils ne sont pas venus ».

Pour respecter ses engagements avec le Fonds monétaire international (FMI), l’Union européenne (UE) et la Banque mondiale, le gouvernement ne baisse pas les bras malgré les déconvenues. En mai dernier, il a donc annoncé un énième report de la date limite pour la privatisation de l’entreprise. Il s’est donné jusqu’au 30 juin 2014 pour tenter de rendre Poșta Română plus attractive. Sa stratégie : transformer ses dettes en actions et licencier 3650 salariés, soit 11% du personnel, au cours de l’été.

« Il est vrai que nous étions en sur-effectif, concède Matei Brătianu, le président du syndicat des travailleurs de la poste. « Mais au départ, la direction voulait supprimer 850 postes de trop et nous avons dû négocier ferme ! Le problème c’est qu’on préfère licencier plutôt que de diversifier nos activités et reconquérir des parts de marchés », regrette le syndicaliste, qui a récemment proposé en vain un système de distribution de médicaments par voie postale ou la mise en place de facteurs dédiés aux entreprises.

Ce n’est que récemment qu’une gestion hasardeuse et une cinquantaine de contrats désavantageux ont fait de l’entreprise publique un gouffre financier. « Elle pourrait être rentable si elle n’avait pas été dévalisée et dépouillée d’une manière horrible », reconnait Dan Nica, citant notamment un contrat de plusieurs dizaines de millions d’euros signé en 2008 avec la compagnie Blue Air; un contrat portant sur un service de transport aérien du courrier qui sera jugé trois ans plus tard inutile et illégal par la Cour des comptes.

En tout cas, il y a encore cinq ans, Poșta Română avait tout d’une entreprise florissante. Un chiffre d’affaires de 325 millions d’euros, un profit brut supérieur à 1 million d’euros et une excellente image auprès des usagers. « Nous avons établi une relation de confiance avec eux et nous faisons presque partie de leur famille», témoigne Cristina. Depuis 24 ans, cette factrice assure deux tournées quotidiennes dans le même quartier du centre de Bucarest, au départ de la place Rosetti. Elle distribue le courrier, rend quelques petits services mais remet aussi en liquide les pensions de retraite et les aides sociales de ses usagers. « Il ne faudrait pas que, pour des histoires de rendement, cette relation si particulière se casse et que nous ne puissions plus assurer ce qui a toujours été un service public », estime-t-elle.

Les autres privatisations en cours

 A l’instar de Poșta Română, une dizaine d’entreprises publiques roumaines font l’objet d’opérations de privatisation présentées comme « prioritaires » par le gouvernement du social-démocrate Victor Ponta. Parmi elles, on compte de nombreux distributeurs et producteurs d’énergie comme Hidroelectrica et Nuclearelectrica.Le gouvernement s’est engagé à accélérer leur privatisation afin de respecter l’accord préventif de 5 milliards d’euros que l’ancien exécutif de centre-droit avait conclu il y a deux ans avec le FMI, l’UE et la Banque mondiale.

Mais eu égard aux problèmes de rentabilité et au fort endettement de ces entreprises, il lui est difficile d’attirer de potentiels investisseurs. Réduction de la masse salariale, transformation des dettes en actions et révision à la baisse de l’offre de départ lui servent alors de précieux leviers, dans un contexte de crise peu propice à la vente. Ainsi, malgré la privatisation avortée du géant de l’industrie chimique Oltchim fin 2012, le ministère de l’Economie est toujours en discussion avec des investisseurs azéris, indiens, britanniques, allemands et roumains. En juin dernier, l’Etat a aussi réussi à vendre 51% des parts qu’il détenait dans CFR Marfă, la compagnie nationale de fret ferroviaire. L’heureux acquéreur, Grupul feroviar român (GFR), a déboursé 202 millions d’euros pour devenir l’actionnaire majoritaire de cette entreprise publique qui valait encore 2 milliards d’euros il y a six ans.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :