Santé, travail, argent, dépendance : après toute une vie, être âgé en Roumanie

23 Oct

Par Mehdi CHEBANA

Près de 30% des foyers roumains ont à leur tête des personnes âgées de 65 ans et plus

Publié le 15 décembre 2013 dans Regard

Depuis la chute du communisme, les personnes âgées prennent une part de plus en plus importante dans la démographie de la Roumanie. En cause, l’allongement de l’espérance de vie mais aussi une baisse effrénée de la fécondité. Selon l’INS, elles ne représentaient que 10,3% de la population totale en 1990, contre 17,4% aujourd’hui, soit plus de 3,5 millions de personnes, dont 60% de femmes, ayant atteint ou dépassé l’âge de 65 ans. Le pays se situe ainsi dans la moyenne européenne en la matière, loin toutefois derrière l’Irlande où les troisième et quatrième âges ne représentent que 11,5% de la population, selon Eurostat.

C’est à la campagne que le phénomène de vieillissement de la population est le plus accentué en Roumanie. La part des 65 ans et plus y est passée de 13,5% en 1990 à environ 18% aujourd’hui, selon l’INS. Plus nombreuses, les personnes âgées vivent également plus longtemps. Ainsi, les quelque 261 000 Roumains de 85 ans et plus, parmi lesquels plus de 4700 centenaires, représentent 8% du nombre total de personnes âgées. Un taux qui dépassait à peine les 5% au début des années 1990.

Espérance de vie

La Roumanie est l’un des pays de l’Union européenne (UE) où l’espérance de vie à la naissance est la plus faible, selon l’Institut européen de statistiques Eurostat. En 2011, elle s’élevait en moyenne à 74,6 ans, soit guère plus qu’en en Lituanie (73,8 ans), le plus mauvais élève européen, et bien moins qu’en Espagne (82,5 ans), champion de l’UE en la matière. Toutefois, elle n’a cessé d’augmenter grâce aux progrès de la médecine et à l’amélioration des conditions de vie. Elle était ainsi deux fois moins importante il y a 150 ans et inférieure de cinq points au début des années 1990. En moyenne, elle s’élève aujourd’hui à 78,1 ans pour les femmes et à 71 ans pour les hommes. C’est dans le département de Vâlcea, relativement peu pollué et riche en eaux sulfureuses, qu’elle est la plus importante (76 ans), à l’inverse de Satu Mare où elle est de cinq points inférieure à la moyenne nationale, selon l’Institut national des statistiques (INS).

Plus de retraités que de contribuables

La Roumanie comptait en mars 2013 plus de 5,26 millions de retraités et 4,36 millions de salariés, selon le ministère de la Famille, de la Protection sociale et des Personnes âgées. Autrement dit, un contribuable roumain soutient en moyenne 1,20 retraité. Un ratio qui parfois se révèle plus de deux fois supérieur au niveau local. C’est le cas dans le département de Teleorman où 51 000 salariés cotisent pour 127 000 retraités. Au total, il n’y a qu’à Bucarest et dans 7 départements sur 41 que la tendance est inversée, selon l’INS. Pourtant en 1990, le pays comptait encore 8,1 millions de salariés pour 3,5 millions de retraités. Les spécialistes estiment que cette « anomalie économique » est due non seulement au vieillissement de la population mais aussi à l’effondrement de l’emploi industriel après la chute du communisme et à l’exode de quelque 2 millions de travailleurs. Dans ce contexte, le système des retraites est au bord de l’implosion. En juillet 2013, son déficit s’élevait à environ 1,6 milliard d’euros. Pour le résorber, des mesures ont été prises ces dernières années afin de lutter contre le travail au noir (il concernerait entre 1 et 3 millions de personnes selon les sources) et de repousser l’âge légal de départ à la retraite. Celui-ci est actuellement fixé à 64 ans pour les hommes et à 59 ans pour les femmes. Il passera à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes en janvier 2015.

Revenus

Dans le deuxième pays le plus pauvre de l’Union européenne, les personnes âgées ne sont pas les plus touchées par la misère. Les enfants et les jeunes travailleurs le sont davantage. Ainsi, alors que 22% de la population roumaine vit en dessous du seuil de pauvreté (environ 178 euros par mois), le taux de pauvreté des 65 ans et plus s’élève à 14 %, selon une récente enquête sur le budget des familles. Toutefois, leurs revenus leur permettent difficilement de faire face aux coups durs de la vie, 40% d’entre eux restant exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion, selon Eurostat. En moyenne, les retraités roumains perçoivent ainsi une pension de 812 lei par mois (environ 190 euros), soit 60 lei de plus (15 euros) que le revenu minimum brut, selon des données de la Caisse nationale des retraites portant sur mars 2013. Mais de très fortes disparités existent suivant les régimes et les régions : les agriculteurs à la retraite ne touchent en effet que 75 euros par mois en moyenne et l’écart est grand entre Bucarest où la retraite moyenne est la plus élevée (plus de 230 euros par mois) et le département de Giurgiu où est la plus faible (environ 150 euros par mois). Par conséquent, nombreux sont ceux qui continuent de travailler pour compléter leurs revenus. Ils sont 21%, selon l’INS, dont une majorité écrasante (97%) dans le secteur agricole. Le salarié le plus âgé de Roumanie a ainsi 96 ans. Il s’agit d’un berger qui travaille dans le département de Hunedoara. A la différence de nombreux jeunes travailleurs, la plupart des retraités roumains n’a pas non plus à payer de loyer ou de crédit immobilier. Ils sont quasiment tous propriétaires, une loi leur ayant permis dans les années 1990 d’acquérir à moindres frais le logement qu’ils occupaient sous le communisme.

Santé

Certes, les Roumains vivent de plus en plus longtemps, mais ils sont frappés de plus en plus tôt par la maladie et les problèmes d’ordre physique. En moyenne, leur espérance de vie en bonne santé dépasse à peine 57 ans, selon Eurostat, qui relève que seuls les Slovaques (52 ans), les Slovènes (53 ans) et les Lettons (56 ans) ont encore moins de chances qu’eux d’atteindre l’âge de la retraite en pleine forme. L’apparition de problèmes respiratoires ou cardio-vasculaires est d’ailleurs à l’origine de nombreuses demandes de retraite anticipée. En 2007, les Roumains pouvaient pourtant espérer vivre près de 61 ans en bonne santé et les Roumaines quasiment 63 ans. Mais depuis, ils ont respectivement perdu 4 et 6 ans en moyenne, probablement, disent les experts, à cause d’une dégradation de leurs conditions de vie et une réduction de leurs dépenses de santé pendant la crise. En 2011, ces dernières n’excédaient pas 8% dans les foyers roumains où vivait au moins une personne âgée, selon l’enquête précitée sur le budget des familles.

Autonomie

Près de 30% des foyers roumains ont à leur tête des personnes âgées de 65 ans et plus, dont 55% vivent seules et 34% vivent à deux, selon l’INS, Parmi elles, la moitié des 65-74 ans et 72% des 75 ans et plus se disent physiquement limitées ou très limitées au quotidien pour s’occuper d’elles mêmes et de leur foyer. La majorité sont des femmes et vivent à la campagne. Souvent, elles ont donc recours à des infirmières et des aides à domicile. Mais quand la maladie, l’isolement ou les problèmes d’argent deviennent trop lourds à gérer, elles perdent leur autonomie. Dans de nombreux cas, elles trouvent refuge chez leurs enfants pour qui elles assureront parfois un complément de revenus grâce à leur retraite. Dans le pire des cas, elles envisageront de vivre en maison de retraite. Un projet qui relève de la gageure dans un pays qui ne compte que 200 établissements.

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