Un Regard sur la ville de Brașov

26 Déc

Par Mehdi CHEBANA

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

Publié le 15 décembre 2013 dans Regard

Nichée dans les Carpates, à 170 kilomètres au nord de Bucarest, Brașov est la cité la plus peuplée du centre de la Roumanie et la deuxième de Transylvanie. Sous le communisme, elle était même la plus grande ville de province. Mais avec seulement 253.000 habitants, elle se trouve aujourd’hui devancée par Timișoara, Cluj, Iași, Constanța et Craiova, selon le dernier recensement organisé dans le pays en 2011.

Marquée par un déclin démographique important depuis la révolution de 1989, la ville a ainsi perdu 70.000 habitants en deux décennies, dont plus de 30.000 depuis 2002. En cause, la fermeture d’anciens fleurons de l’industrie locale. Le phénomène a poussé de nombreux ouvriers qui avaient été déracinés sous le communisme à rentrer dans leur région d’origine ou à tenter leur chance à l’étranger. La septième ville de Roumanie est également le chef-lieu du département de Brașov qui, avec seulement 549.000 habitants, ne fait pas partie des dix plus peuplés. Il enregistre toutefois l’un des meilleurs accroissements naturels (+348), avec ceux de Iași et Suceava.Identité saxonne

Consiliul Judetean din Brasov

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

Brașov fut fondée au début du 13ème siècle par les chevaliers teutoniques, un ordre militaire chrétien germanique très puissant au Moyen-Age. Baptisée « Kronstadt » en allemand ou « Corona » en latin, la petite bourgade du pays de Bârsa devient très vite un important foyer de colonisation pour les Saxons. Ces derniers vont s’appliquer à en faire un carrefour commercial florissant entre la Transylvanie, la Moldavie et la Munténie, mais aussi un centre militaire stratégique à la frontière orientale de l’Empire austro-hongrois. La « Ville Couronne » garde de nombreuses traces de ces sept siècles d’influence saxonne. Des maisons typiques, des fortifications résistantes ou encore deux monuments devenus emblématiques : « Casa Şfatului » qui abrite aujourd’hui la mairie, et « l’Eglise noire » construite en style gothique au 14ème siècle. Brașov compte aussi un centre culturel allemand dynamique et plusieurs établissements scolaires où les cours sont dispensés dans la langue de Gœthe. Parmi eux, le lycée Johannes Honterus, du nom de l’humaniste qui apporta la réforme protestante dans la région. Seul un millier de Saxons vivent encore dans la ville aujourd’hui, soit dix fois moins qu’au début du siècle dernier, quand ils représentaient encore un quart de la population locale. Beaucoup sont partis en Allemagne, cédant la place aux Hongrois et aux Roumains désormais majoritaires. Mais l’empreinte qu’ils ont laissée fait encore la fierté de tous les habitants de Brașov.


Une industrie qui résiste

Rebaptisée « Ville-Staline » entre 1950 et 1960, Brașov était le plus gros bassin industriel de la Roumanie communiste, juste après Bucarest. Quelque 100.000 ouvriers et ingénieurs travaillaient dans ses immenses usines qui fabriquaient des véhicules, des produits agro-alimentaires ou encore des cosmétiques. Après la révolution, une grande partie de ces fleurons de l’industrie communiste ont disparu à la suite de privatisations échouées. C’est le cas d’Hidromecanica ou de Tractorul. D’autres ont résisté, à l’image du fabriquant de poids lourds Steagul Roşu, aujourd’hui Roman S.A. Parallèlement, de nouvelles entreprises comme Eurocopter Romania ont investi dans la région, et la construction de machines, l’industrie chimique ou celle de la transformation du bois sont devenues florissantes. Si bien que le secteur secondaire représente encore 40% du PIB de Brașov et sa région, devant les services (33%), le commerce (15%) et l’agriculture (7%), selon la Chambre départementale de commerce et d’industrie. Quatrième département le plus riche de Roumanie après Bucarest, Timiș et Constanța, Brașov reste ainsi un bassin d’emploi très attractif. Et son développement économique devrait encore s’accélérer grâce à de grands projets d’infrastructures qui sont en cours.

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

Diversité culturelle

Moins dynamique que Sibiu, sa grande rivale, Brașov ne reste pas moins le berceau d’une vie culturelle intense. La ville ne compte certes qu’un seul cinéma mais elle abrite une dizaine de bibliothèques, plusieurs théâtres, un opéra ou encore un philharmonique. Chaque année, des concerts d’orgue mais aussi des festivals de jazz, de musique de chambre ou de théâtre contemporain y sont organisés. Entre 1968 et 2009, le festival « Cerbul de Aur » s’était même imposé comme un événement musical incontournable en Roumanie, réunissant régulièrement des artistes de renommée internationale. Il n’a plus lieu aujourd’hui, faute d’argent. Comme un musée à ciel ouvert, la cité carpatique possède aussi un patrimoine architectural exceptionnel qui témoigne des influences saxonnes mais aussi hongroise et roumaine qui l’ont façonnée à travers les siècles. Ainsi, si les deux grands monuments saxons de la ville, l’Eglise noire et Casa Şfatului, sont les plus visités, plusieurs musées rappellent l’importance des Roumains dans la vie culturelle locale. C’est le cas de Casa Mureșenilor, dédiée à la famille du poète Andrei Mureșanu, l’auteur de l’hymne national roumain. C’est le cas aussi d’un petit musée situé dans le quartier Schei qui, bâti au 14ème siècle, fut la première école du pays en langue roumaine. Dans cette ville universitaire qui accueille aujourd’hui plus de 22.000 étudiants, la jeunesse participe aussi au dynamisme culturel. A l’image des « Junii », de jeunes Roumains qui célèbrent la nature et perpétuent de vieilles traditions païennes, le premier dimanche suivant les festivités pascales.

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

Un tourisme florissant

Avec plus de 625.000 touristes au cours des neuf premiers mois de 2013, contre 581.000 sur l’ensemble de l’année 2008, Brașov et sa région sont la zone la plus visitée du centre de la Roumanie mais aussi l’une des destinations touristiques les plus importantes du pays, selon la Direction départementale des statistiques. Après une baisse de fréquentation pendant la crise, le secteur est à nouveau en pleine croissance, même s’il ne génère encore que 5% du PIB de la cité carpatique. Parmi les touristes, 83% sont roumains et 17% viennent de l’étranger, notamment d’Allemagne, d’Israël et de Pologne. Bien sûr, la plupart d’entre eux se plaisent à déambuler entre les façades colorées et ciselées. Entre deux festins dans des restaurants traditionnels, beaucoup souhaitent profiter de sa vie culturelle. Mais ce qui les attire aussi, c’est la nature. Brașov est ainsi le point de départ de nombreuses randonnées dans la région. Mais nul besoin d’aller trop loin. Plusieurs sentiers permettent aux promeneurs de découvrir le mont Tâmpa, une réserve naturelle de 188 hectares qui domine la ville et abrite aussi bien des plantes rares que des animaux sauvages comme les ours, les loups et les renards. Enfin, pour les amateurs de glisse, une station de sports d’hiver, qui dépend de Brașov sur le plan administratif, se trouve à une dizaine de kilomètres du centre.

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

L’ambition olympique

La ville de naissance de Ion Țiriac, l’ancienne gloire du tennis roumain, a également une longue tradition sportive derrière elle. Pas grâce au FC Brașov, son club de football maintes fois rebaptisé, qui n’a jamais remporté une coupe de Roumanie ou un championnat de première division. Mais plutôt grâce à cette station nichée à 1030 mètres d’altitude : Poiana Brașov. Elle a accueilli sa première compétition de ski en 1906, les Jeux mondiaux universitaires d’hiver en 1951 et le Festival olympique de la jeunesse d’hiver en février 2013. Portée par le succès de cette dernière compétition qui a réuni plus de 900 athlètes originaires de 45 pays, Brașov vient officiellement de faire acte de candidature pour organiser les Jeux olympiques de la jeunesse d’hiver en 2020. Mais la ville, qui s’est dotée ces dernières années d’une piscine et d’une patinoire olympiques, n’attire pas que des sportifs accomplis. Des dizaines de milliers d’amateurs y affluent aussi l’hiver pour dévaler les douze pistes de Poiana Brașov, et l’été pour s’adonner à la randonnée ou à l’escalade.

(©Roumanophilie/Mehdi Chebana)

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Une Réponse to “Un Regard sur la ville de Brașov”

  1. Une très jolie ville, en effet. J’ai gardé un très beau souvenir de cette région et de ce pays, en 1993

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