Statistiques : être une femme en Roumanie

10 Jan

Par Mehdi CHEBANA

De l’actrice Elvira Popescu à la chanteuse Inna, en passant par Nadia Comăneci ou Elena Ceaușescu, seules quelques femmes figurent au Panthéon des Roumains célèbres dans le monde entier. Dans leur ombre, des millions d’autres sont écartées de toute forme de pouvoir, moins payées et beaucoup plus exposées à la pauvreté et la maladie. Voici quelques statistiques…

En Roumanie, les femmes gagnent en moyenne 8% de moins que les hommes

Aucune femme n’a jamais été présidente ou premier ministre dans l’histoire de la Roumanie. Avec aujourd’hui 16 ministres masculins dans un gouvernement en comptant 23, 96% des mairies dirigées par des hommes et 88% des sièges du parlement occupés par des hommes, la Roumanie est par ailleurs l’un des pays européens où les femmes sont les moins représentées en politique. En matière de représentation parlementaire, le pays se situe même parmi les plus discriminants au monde, selon un récent rapport du Forum économique mondial.

Pourtant, au cours de la dernière décennie du régime communiste, les femmes étaient encore 30% à occuper un siège de député ou de sénateur en Roumanie. Dans le monde de l’entreprise, la situation n’est guère meilleure. Les femmes ne sont représentées qu’à hauteur de 10% dans les plus hauts organes de décision des grandes sociétés roumaines et elles y sont en moyenne moins bien payées que leurs homologues masculins, selon la Commission européenne.

Supériorité démographique

La Roumanie compte un total de 9,76 millions de femmes et 9,28 millions d’hommes, soit 105 femmes pour 100 hommes, selon le dernier recensement organisé en 2011. Ce ratio équivaut à la moyenne enregistrée dans l’Union européenne où les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans chacun des 28 pays membres, sans exception. Au niveau national, cette supériorité numérique se vérifie dans tous les départements, sauf celui de Vaslui, en Moldavie, où les hommes sont un peu plus nombreux. Conséquence de l’exode rural observé dans le pays depuis les années 1950, 53,7% des Roumaines vivent aujourd’hui en ville, contre 51,8% des Roumains. Plus de 900 000 femmes habitent notamment à Bucarest, contre 777 000 hommes, selon l’Institut national de statistiques (INS).

Des vies plus longues mais moins douces

Les Roumaines peuvent compter sur une espérance de vie à la naissance de 78,2 ans, de sept points supérieure à celle des Roumains, selon l’INS. Et pourtant, elles vivent une année de moins en bonne santé que les hommes, soit 70 ans, selon l’institut européen de statistiques Eurostat. Parmi les 28, elles se situent en queue de peloton en matière de longévité, juste devant les Bulgares (77,8) et loin derrière les Françaises (85,3), premières du classement. Elles sont aussi celles qui, avec les Slovaques et les Estoniennes, vivent le moins longtemps en bonne santé. Enfin, la Roumanie est, après la Bulgarie, le pays européen où la proportion de femmes menacées de pauvreté et d’exclusion sociale est la plus importante. Concrètement, 42,1% des Roumaines sont dans ce cas, contre 40,8 des hommes, selon Eurostat.

Une maternité de plus en plus tardive

La fin du communisme a marqué pour les Roumaines un retour à une sexualité et une fécondité libres et choisies. Fini le « décret 770 » qui leur interdisait le recours à la contraception et à l’avortement. Certes, le taux de fécondité du pays, l’un des plus bas de l’Union européenne, n’est plus que de 1,38 enfant par femmes aujourd’hui, contre 2,43 en 1980, selon l’INS. Mais les Roumaines ont repris la main sur leur corps et opèrent depuis un quart de siècle un rattrapage sur les comportements des autres femmes européennes. Comme ces dernières, elles ont leur premier enfant de plus en plus tard, à savoir vers 27 ans. C’est la moyenne européenne en la matière et aussi l’âge moyen auquel elles quittent le domicile familial. Par ailleurs, dans ce pays où la contraception est restée un tabou familial, scolaire et religieux, le nombre d’avortements a explosé depuis la Révolution. Entre 1990 et 2005, on en comptait 250 000 par an. Une statistique qui a toutefois diminué de moitié ces dernières années mais qui maintient la Roumanie au deuxième rang des pays européens où l’on avorte le plus, après le Royaume-Uni.

Un accès inégal à l’éducation

En matière d’éducation, les femmes roumaines sont moins bien loties que les hommes. Certes, leur taux d’alphabétisation à l’âge adulte est à peu près similaire au leur, 97% d’entre elles sachant lire et écrire, contre 98% des hommes, selon la Banque mondiale. Mais si elles sont à peu près aussi nombreuses qu’eux à être scolarisées jusqu’au bac, elles ne sont que 57% à poursuivre des études supérieures contre 72% des hommes, selon un rapport récent de l’Unesco. Or, moins longue est leur scolarité, plus l’accès au travail devient difficile et discriminatoire pour elles. Ainsi, seules 45,7% des femmes ayant un niveau collège ont un emploi, contre 67,6% des hommes, selon Eurostat qui précise que cet écart correspond à l’écart moyen enregistré en UE pour ce cas. En revanche, quand elles ont un niveau d’études supérieur, l’écart se resserre.

Des bourreaux de travail

Le taux d’emploi des femmes en Roumanie était en 2014 l’un des plus faibles d’Union européenne avec ceux enregistrés en Italie, en Espagne, en Grèce et à Malte, selon Eurostat. Ainsi, seules 57,3% des Roumaines en âge de travailler occupent officiellement un emploi, contre 74% des hommes. Plus de deux millions d’entre elles sont salariées (47,6% du salariat roumain) mais, contrairement aux années communistes où elles travaillaient massivement dans l’industrie, elles sont aujourd’hui autour de 70% à occuper un emploi dans le secteur tertiaire, à savoir dans la santé, l’éducation ou encore le commerce de détail, selon l’INS. En matière de chômage, elles s’en sortent mieux que les hommes. En novembre 2015, 5,7% des femmes en âge de travailler étaient au chômage en Roumanie, contre 7,4% des hommes, selon l’INS. Un chiffre nettement inférieur au taux de chômage des femmes dans l’Union européenne qui s’élève à 10,7%, ce qui place le pays parmi les meilleurs élèves européens après le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Autriche, selon Eurostat. Les 48% de Roumaines que le jargon statistique classe dans la catégorie « non occupées » sont celles qui ne peuvent pas ou qui décident de ne pas travailler ou encore celles qui suivent des études. De toute façon, dans une Roumanie encore éminemment machiste, elles ont déjà largement de quoi faire chez elles. Elles accompliraient ainsi 90% des tâches domestiques, à raison de quatre heures par jour, selon une étude récente de l’association C4C.

Des salaires encore inférieurs

Les Roumaines gagnent en moyenne 1509 lei (333 euros) net par mois, soit 8% de moins que les hommes, selon des données publiées en mars 2015 par l’INS. Des écarts de salaires qui s’expliquent en partie par le fait que les femmes sont surreprésentées dans la fonction publique où les traites sont beaucoup plus modestes que dans le privé. La Roumanie apparaît pourtant comme un bon élève parmi les 28 Etats membres de l’Union européenne. Elle fait bien mieux que la moyenne européenne (16,4%), que la France (15,2%) ou l’Estonie (29,9%), selon l’office statistique de l’Union européenne Eurostat. Mais elle est encore loin des 3,2% enregistrés en Slovénie et l’écart s’est réduit d’à peine un point en cinq ans.

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