Dubăsari, une ville moldave qui vit toujours à l’heure soviétique

21 Mar

Par Mehdi CHEBANA

L’URSS n’a pas tout à fait rendu l’âme… Dans la région séparatiste de Transnistrie, on la redécouvre à chaque coin de rue. Illustration à Dubăsari, à quatre heures de route de l’Union européenne.

Statue de Lénine à Dubasari

A la frontière non reconnue entre la Moldavie et la république sécessionniste de Transnistrie, Dubăsari ou Дубоссары en russe. Tout y rappelle l’Union soviétique telle qu’elle est décrite dans nos livres d’histoire en France. Ici, une statue de Lénine, là un blason marqué de la faucille et du marteau. Dans les rues baptisées Marx, Engels, Lénine ou des Communistes, des vieillards parlent avec nostalgie d’un temps où les transports et l’éducation étaient gratuits. Où l’on gagnait « suffisamment pour se construire une maison ». Où les retraites étaient « bien plus confortables » que les 30 dollars mensuels accordés aujourd’hui…

Ont survécu aussi un soviet où se réunissent les élus locaux et deux symboles de l’âge d’or industriel de la ville : la plus grande centrale hydroélectrique de Moldavie et une usine de pain que l’ancien président moldave Vladimir Voronine a dirigé entre 1966 et 1971.

Bien sûr, l’hypermarché Sheriff, moderne et surchauffé, simule l’ouverture à la société de consommation. Mais cette chaîne de grandes surfaces appartenant à l’hégémonique holding éponyme, est l’une des seules à être autorisées dans la région.

De leur côté, les jeunes ont fui en masse vers la Russie, l’Ukraine ou la Moldavie. D’une part, parce que garder la frontière fictive avec la Moldavie ou s’engager dans la police sont à peu près les seules perspectives d’avenir pour ceux qui choisissent de rester ; d’autres part parce qu’on s’ennuie à mourir à Dubăsari. « C’est bien simple, on n’a le droit qu’à un concert par an et c’est dans une petite salle de l’école de musique », regrette Eugen, un étudiant qui rêve d’émigrer aux Pays-Bas.

La centrale hydro-électrique de Dubasari

Tous les cinémas et les théâtres ont fermé, il n’y a pas de discothèque, pas de bibliothèque.L’Energetic, le club de football local, a aussi cessé toute activité en 2007 après une seule saison en division nationale. Les loisirs se résument ainsi à des promenades le long du Nistru et à de longues heures d’ivresse dans des caves privées qui font office de bars. « Quand vous ajoutez à cela l’absence totale de démocratie, pas étonnant que tous les jeunes de mon âge rêvent de partir », confie la présidente d’une association culturelle.

Sur les larges boulevards qui coupent des rues monotones, on croise.quelques quadragénaires affublés de treillis. Beaucoup ont participé à la guerre civile de 1992, qui a justement commencé dans la région de Dubăsari. Et puis, en plein centre ville, les tombes des soldats soviétiques ayant combattu les Nazis dans les années 1940 sont généreusement fleuries. Une trace de vie dans cette métropole inanimée.

MMC

POST SCRIPTUM Vous êtes nombreux à me demander pourquoi je traite de la Transnistrie sur le blogRoumanophilie. Pour ce post, la raison est simple. Beaucoup de Roumains ont vécu à Dubăsari avant la guerre civile de 1992. Selon le dernier recensement réalisé par les autorités soviétiques, en 1989 Dubăsari comptait 35.800 habitants dont 15.400 Roumains (près de 40% de la population).Aujourd’hui, la quatrième ville de Transistrie, capitale du département moldave de Dubăsari, en compte 10.000 de moins ! Elle est presque totalement peuplée de russophones, beaucoup de Roumains ayant fui après 1992 ; quant à ceux qui sont restés, ils ont abandonné la langue d’Eminescu pour adopter celle de Tolstoï….

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3 Réponses to “Dubăsari, une ville moldave qui vit toujours à l’heure soviétique”

  1. Stéphane 25 août 2012 à 09:12 #

    Tu choisis toujours des endroits hyper funky pour tes vacances !

  2. Mehdi Chebana 25 août 2012 à 09:14 #

    C’est à deux pas de l’Ukraine que tu aimes tant 😉

  3. Jacques 25 août 2012 à 09:55 #

    « L’Union soviétique n’a pas tout à fait rendu l’âme… » Cette âme-là a l’air bien tristounette. On rêvait de grands soirs et de lendemains qui chantent et l’on se retrouve dans une ville, dans un pays plutôt, sans « perspective d’avenir » et où l’on « s’ennuie à mourir ». Cela sent la mort effectivement. Aussi n’est-il pas surprenant que seuls les vieux s’efforcent tant bien que mal de résister à ce mal qui ronge l’âme en magnifiant les souvenirs nostalgiques d’un passé mortifère ; ni que les jeunes, et tous qui ont pu malgré tout garder encore une âme jeune, avec de la vie plein les veines et le cœur s’enfuient pour trouver ailleurs la possibilité de vivre, penser, rêver, créer, construire un avenir peut-être moins glorieux mais ancré dans le réel… un avenir qui leur permette de devenir ce qu’ils sont au plus profond de leur âme – la leur, pas celle que des grands prêtres ont voulu leur inculquer. Les peuples payent longtemps les fautes des faux prophètes qu’ils ont trop écoutés.

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