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A Tîrgu Mureş, le calvaire des soldats austro-hongrois capturés par la Serbie

19 Fév

Par Mehdi CHEBANA

En 1915, quelque 80 000 hommes sont faits prisonniers par les Serbes lors d’une grande offensive de l’Armée austro-hongroise. À l’automne, l’armée de Pierre 1er bat en retraite vers l’Adriatique. Pour les captifs, commence une longue marche forcée à travers les Balkans, vers l’île italienne d’Asinara. Seuls 6 000 d’entre eux survivront à cet épisode méconnu de la Première guerre mondiale.

©‎ Musée départemental de Mureş

Publié le 19 février 2016 dans Le Courrier des Balkans

Le musée départemental de Mureş, dans le centre de la Roumanie, accueille depuis le 25 janvier une exposition consacrée à l’histoire méconnue des soldats de l’Empire austro-hongrois capturés en 1915 par l’armée serbe. Intitulée « Les soldats fantômes de l’Île aux Ânes », elle est le fruit du travail de deux chercheurs hongrois qui ont rassemblé une somme importante de documents, de témoignages et de photographies et sont retournés sur les traces de ces prisonniers de guerre.

Anita Major et Gabor Margitta racontent comment le Royaume de Serbie a capturé quelque 80 000 soldats hongrois, autrichiens mais aussi roumains et tchèques lors d’une vaste offensive de l’Empire des Habsbourg. Pendant plusieurs mois, ces prisonniers ont dû marcher à travers les Balkans, au fur et à mesure que l’armée serbe se repliait vers l’Adriatique, lors de la retraite de Serbie, à l’automne 2015. La moitié d’entre eux sont morts de faim, d’épuisement et de maladie. Lire la suite

La révolution roumaine et les « charniers de Timişoara » : retour sur un fiasco médiatique

16 Déc

Par Mehdi CHEBANA

Premier soulèvement populaire retransmis en direct à la radio et à la télévision, la révolution roumaine reste le symbole d’un fiasco médiatique sans précédent. Des semaines durant, la presse occidentale a relayé images insoutenables, rumeurs insensées et bilans délirants, sans vérifier la fiabilité de ses sources. Deux décennies plus tard, plusieurs journalistes qui ont couvert l’événement décryptent cet engrenage du sensationnalisme pour Le Courrier des Balkans.

Une du journal « Libération » sur la révolution roumaine

Publié le 16 décembre 2009 dans Le Courrier des Balkans

Des jeunes vidés de leur sang pour soigner Ceauşescu d’une leucémie, la ville de Sibiu rayée de la carte, des mercenaires arabes tirant sur la foule à Bucarest… Autant de folles rumeurs que les médias occidentaux ont relayé, des semaines durant, à propos de la révolution roumaine. Dans la confusion du moment, la course au sensationnalisme avait pris le pas sur la fiabilité et le recoupement des sources.

« C’est le plus gros mensonge du XXe siècle », lance Traian Orban, le responsable du Mémorial de la révolution à Timişoara, dans le sud-ouest de la Roumanie. Dans une petite salle où il conserve les articles de l’époque, l’ancien vétérinaire poursuit : « beaucoup trop de bêtises ont été dites dans les médias étrangers. Vos journalistes ont été manipulés et ce même après l’exécution de Ceauşescu. » Lire la suite

Roumanie : l’histoire mystérieuse des Carashovènes du Banat

27 Mai

Traduit par Mehdi CHEBANA

Il se disent Croates, d’autres les considèrent comme Serbes. On dit qu’ils sont venus de Bosnie-Herzégovine au XIVe siècle, sans que personne n’en soit pourtant sûr. Qui sont les Carashovènes du Banat ? Une minorité qui a conscience de son identité et qui tente de défendre sa culture.

Femmes de Carașova

Femmes carashovènes

Publié le 3 mai 2015 dans Romania liberă

Située dans le Banat, aux abords du parc naturel des Cheile Carașului, l’agglomération de Carașova peut être considérée comme la capitale des Croates de Roumanie. Composée de sept communes, elle est un centre spirituel et culturel pour ces quelques milliers de personnes qui font partie de l’un des groupes ethniques les plus intéressants du pays. Les Carashovènes revendiquent depuis longtemps leur identité croate, même s’il existe un débat très sérieux sur leurs origines.

Le nom de Carașova est mentionné pour la première fois dans des documents datant de 1333. Mais les sources sur l’origine et l’histoire des Carashovènes sont assez pauvres. Emil Petrovici, un érudit originaire de Cluj, l’un des rares communistes à pouvoir justifier d’études universitaires solides, estimait que leur dialecte provenait du serbe. « C’est comme si la langue serbe était parlée par des Roumains », affirmait-il. Lire la suite

Roumanie : un nouveau jour férié à la gloire du roi Carol Ier

28 Avr

Par Mehdi CHEBANA

Le Parlement de Bucarest a adopté une proposition de loi libérale faisant du 10 mai le quatorzième jour férié du calendrier roumain. Il s’agit de commémorer trois moments-clés du règne de Carol Ier au XIXe siècle. Ce nouveau jour férié ne sera cependant pas chômé.

Pièce de monnaie à l’effigie de Carol Ier

Publié le 28 avril 2015 dans Le Courrier des Balkans

Dès cette année, les autorités roumaines organiseront des festivités en souvenir des 10 mai 1866, 1877 et 1881. Ce sont le jour où le prince Carol de Hohenzollern-Sigmaringen a prêté serment à Bucarest, celui où il a signé la proclamation d’indépendance vis-à-vis de l’Empire ottoman et enfin celui de son couronnement.

La proposition de loi du sénateur libéral Puiu Haşotti a été votée, le 22 avril dernier, par une très large majorité de députés. Initialement, elle prévoyait que le 10 mai soit désormais un jour chômé pour les fonctionnaires et les salariés mais elle a été amendée. Lire la suite

Roumanie : craintes et plaisirs quotidiens des époux Ceauşescu

12 Avr

Traduit par Mehdi CHEBANA

On connait la mégalomanie et l’ambition pharaonique du couple qui a dirigé la Roumanie d’une main de fer entre 1965 et 1989, mais beaucoup moins le détail de leur intimité, d’une vie quotidienne marquée par la peur constante de l’empoisonnement et rythmée parfois par des passions d’une « simplicité ostentatoire ».

Nicolae Ceauşescu

Publié le 10 mars 2015 dans Evenimentul zilei

Aussitôt après la révolution de décembre 1989, l’une des première rumeurs qui a couru sur « le plus aimé des Roumains », c’est qu’il aurait eu l’habitude de se faire faire des transfusions avec du sang de bébé. Une histoire totalement fausse qui a pris de grandes proportions et qui visait à rendre l’image de Nicolae Ceauşescu la plus hideuse possible. Comme si la réalité du pays, pendant les dernières années de son mandat, ne suffisait pas à elle-même. Lui et sa femme avaient toutefois de nombreux caprices.

« Ces caprices s’expliquent d’abord par le contexte tourmenté de la Guerre Froide », analyse le sociologue Paul Dumitrache. « Cela n’étonnera personne de savoir qu’ils se montraient par exemple très méfiants et attentifs en matière de repas. On dit qu’ils n’utilisaient jamais deux fois les mêmes couverts de peur d’êtres empoisonnés. Lui, craignait surtout d’être exposé à des matières radioactives. » Lire la suite

Couvre-chefs et chefs d’État en Roumanie : quand le pouvoir lance les modes vestimentaires

15 Jan

Traduit par Mehdi CHEBANA

De Michel le Brave à Traian Băsescu, les dirigeants roumains ont toujours eu une affection particulière pour les chapeaux et autres bonnets. Sensibles aux tissus et aux matériaux en vogue à l’étranger, certains ont même lancé de véritables modes vestimentaires en Roumanie. À de nombreux égards, cette tradition est pourtant bien plus politique qu’esthétique…

La cuşma de Michel le Brave

Publié le 9 octobre 2008 dans Cotidianul

Pour le critique de mode Ovidiu Bratu et l’anthropologue Alec Bălăşescu, l’analyse des vêtements d’une époque donnée est révélatrice des changements économiques et culturels d’un pays, de ses aspirations et de ses sources d’imagination aussi. Autrement dit, l’Histoire s’inscrit toujours dans du visuel.

« Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les grands seigneurs et dignitaires des provinces roumaines qui n’étaient pas encore unifiées ont été influencés par la mode ottomane », explique Alec Bălăşescu. « Ils portaient des barbes immenses, des turbans turcs mais aussi des bonnets aux accents byzantins, des fourrures et des tuniques [caftans] rappelant la mode musulmane. » Lire la suite

Céramiques Cucuteni : il y a 7000 ans en Moldavie…

14 Déc

Par Mehdi CHEBANA

La civilisation Cucuteni rayonnait il y a sept mille ans dans le nord-est de la Roumanie. Elle a laissé un patrimoine culturel d’une grande richesse mais, bien qu’elle suscite de plus en plus l’intérêt du grand public, les recherches archéologiques et la restauration de ses précieuses céramiques tournent au ralenti, faute de moyens.

Vase Cucuteni (B) retrouvé à Ghelaiesti

Vase Cucuteni (B) retrouvé à Ghelaiesti

Publié dans la revue Regard le 15 octobre 2013

Plus de 50 000 visiteurs se sont pressés l’été dernier au musée de la ville de Bucarest pour découvrir une remarquable collection de céramiques datant des 5e et 4e millénaires avant notre ère. Baptisée « La culture Cucuteni : valeurs retrouvées de la préhistoire européenne », l’exposition regroupait une grande variété de vases polychromes ornés de motifs en spirale mais aussi des statuettes anthropomorphes ou zoomorphes finement ciselées.

Une centaine d’objets sortis de terre dans la région de Iași étaient ainsi présentés, comme autant de témoignages du savoir-faire et du raffinement des Cucuteni. A son apogée, cette civilisation néolithique rayonnait sur près de 350 000 kilomètres carrés, du sud-est de la Transylvanie au sud de l’Ukraine, en passant par la Moldavie. Lire la suite